‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 227 sur 383 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Du cours de la passion sawée du Sauveur.

« Jésus-Christ crucifié, dit l'Apôtre, était un scandale pour les Juifs et une folie pour les Gentils. » I Cor. i, 23. Et c'est pour cela que ni les uns ni les autres ne voulurent croire en lui. Il nous faut ici montrer à tous que, loin de contrarier en rien notre foi, le mystère de la passion est une des preuves les plus puissantes qu'on puisse donner en sa faveur. A moins qu'on ne soit tout-à-fait aveugle, c'est une chose qu'on verra clairement en considérant le cours entier de sa passion sacrée, c'est-à-dire, son principe, son milieu et sa consommation.

Et pour commencer par le principe, c'est-à-dire par le jour même où le Sauveur devait être livré aux mains de ses ennemis, considérons le trouble qui saisit l'âme d'un malfaiteur, surtout en cas de mort, quand on lui dit que la justice se prépare à s'emparer de lui! Que de crainte! Que de terreur! Que d'alarme! Quelles sueurs mortelles! Quelle pâleur ! Quel tremblement géné-

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rai! Quel trouble dans tout ce qu'il fait! Quel empressement à passer d'une maison dans une autre, même au péril de la vie, pour trouver une retraite sûre, où il puisse se dérober aux recherches de ses persécuteurs? Quelle rapidité dans sa fuite, s'il espère par là échapper au sort qui l'attend ! En pareil cas, tels sont l'état et les dispositions de tous les malfaiteurs ! Mais que fait le Sauveur dans les mêmes circonstances? Le jour même où on allait le prendre, il consent volontiers à laver les pieds à ses disciples ; ce jour-là, il célèbre la pâque de l'Agneau, et il se met à table avec eux ; ce jour-là, il institue le très-saint sacrement de l'autel, dont les anges ne peuvent dignement célébrer les louanges ; ce jour-là enfin il entretient longuement ses disciples dans un admirable discours, où il les exhorte à la charité, où il les console des douleurs de son absence, où il les fortifie contre les travaux qu'ils auront à endurer. Mais si le Sauveur est celui que vous dites qu'il est, ô vous ses ennemis, pourquoi, alors qu'il connaît ce qui l'attend dans la prochaine nuit, alors qu'il sait que Judas s'était déjà vendu pour guider la soldatesque qui doit le prendre, pourquoi ne fuit-il pas puisqu'il en est encore temps? Pourquoi ne se cache-t-il pas? Pourquoi s'empresse-t-il de se rendre à ce lieu si connu où Judas doit le livrer? Comment passe-t-il enfin toute cette journée dans la sérénité la plus entière, et s'occupe-t-il seulement aux œuvres saintes que nous venons de rapporter? Aveugles que vous êtes, reconnaissez donc qu'il s'offre volontairement à la souffrance celui qui attend ainsi ses ennemis ! Mais non, cet homme-là n'est pas un malfaiteur, car il ne fait rien de ce que les malfaiteurs ont coutume de faire dans ces circonstances. Que dis-je, cet homme-là est plus qu'un homme, puisqu'il recherche si avidement ce que les hommes évitent toujours, je veux dire la mort!

Ajoutons à ce commencement la révélation que le Sauveur fait à ses disciples de leur infidélité. Il leur annonce que tous seront scandalisés à cause de lui; et comme saint Pierre montre plus de constance que ses compagnons, il lui annonce son reniement et toutes les circonstances qui doivent l'accompagner; l'heure de son péché, le nombre de fois qu'il doit le commettre, et le

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