‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 228 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE SECTION III, CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE SECTION III, CHAPITRE XX

chant du coq qui se fera entendre aussitôt après sa faute. N'est-il pas visible que pour annoncer ces choses avant qu'elles arrivassent et avec une telle précision, il fallait être plus qu'un homme? A Dieu seul en effet appartient le secret de l'avenir, surtout quand il dépend du libre arbitre et de la volonté de l'homme. Il est fait mention de ce reniement dans les quatre Evangiles comme d'une chose qui rend évidemment témoignage de la divinité du Sauveur.

Si de ce glorieux commencement nous passons à la suite de cette même passion, nous trouverons des faits non moins admirables que nous fournit la conduite du Sauveur cité devant les tribunaux d'Hérode et de Pilate. Y a-t-il rien de plus merveilleux que sa retenue et son silence en face de ses juges? Comme il se tait devant Hérode qui désire tant l'entendre et le voir opérer un miracle ? Quel silence en présence de Pilate ! Il se tait, et le juge lui-même en est étonné et consterné I Vit-on jamais un innocent traité de coupable, renoncer au droit de se défendre, ne pas demander l'autorisation de prouver son innocence, ne pas produire de témoins, ne pas protester par mille serments de la pureté de sa vie? La suite de la conduite du Sauveur est conforme à ce qu'elle avait été en commençant ; car il est évident que celui-là souffre volontairement qui ne fait ni ne dit rien de ce qu'ont coutume de faire et de dire ceux qui ne veulent pas souffrir. Par ce silence si peu ordinaire, dit Tertullien, les Pharisiens pouvaient comprendre quel était ce Seigneur; car une telle modération et un calme si profond chez un homme qui entend de faux témoins déposer contre lui, surtout quand la vie est en question, est un spectacle inouï, et une chose infiniment au-dessus de la nature des choses humaines !

Remarquons en passant que le prophète Isaïe, en faisant le tableau des douleurs et des injures dont fut abreuvé le Seigneur dans sa passion, et qui le firent connaître, se sert d'un mot qu'il n'emploie pas sans une intention évidente ; il dit donc « que le visage du Sauveur était presque obscurci par les opprobres et par l'ignominie. » Isa. lu, 3. Pourquoi presque, et non pas toutà-fait? Sans cloute parce que cette face adorable était encore ra-

dieuse par quelque côté, et parce que ce côté lumineux du visage du Christ dans la douleur, démontrait suffisamment qu'il était plus qu'un homme?

Voici cependant que la fin de la lutte approche ! Et ici je ne puis m'empêcher de saluer Celui qui meurt comme un Dieu et non pas comme un homme. Tandis qu'il souffre sur la croix, des phénomènes extraordinaires se passent, la terre tremble, les sépulcres s'ouvrent, le voile du temple se déchire du haut en bas, l'univers se couvre de deuil, le soleil et la lune perdent leur éclat, et les étoiles, qui toutes reçoivent leur lumière du soleil, partagent la tristesse universelle ! Quelle est donc cette merveille? Quel est ce prodige nouveau? Qui nous expliquera donc, ô mon Sauveur! ces contradictions apparentes? Vous, ô mon Dieu! vous voilà crucifié tout nu entre deux voleurs, et en signe de la tristesse que votre passion leur inspire, voilà que toutes les créatures sont dans le deuil et dans les larmes ! Ah ! il fallait qu'il en fût ainsi ; il fallait que la plus grande des ignominies du Christ lut glorifiée par le plus grand des miracles ; il fallait que les hommes ne trouvassent plus dans les ignominies de la croix un sujet de scandale, en voyant la gloire dont la couronne cette universelle douleur de la nature ! Gloire donc à l'auteur de notre salut, qui nous donne dans ses abaissements un témoignage irréfutable de sa divinité, puisqu'il est impossible que celui-là ne fut pas le Seigneur du ciel et de la terre que toutes les créatures du ciel et de la terre honoraient et glorifiaient à l'envi. Le miracle de l'éclipsé de ce jour est si grand, si certain et si bien démontré, qu'encore qu'il n'y eût ni d'autres miracles, ni d'autres prophéties, ni rien de tout ce qui a été écrit dans ce livre, seule elle suffirait pour convaincre tous les entendements, mieux que toutes les démonstrations mathématiques. Que cette éclipse ait réellement eu lieu, c'est une chose incontestable ; elle est en effet rapportée par les auteurs païens nos ennemis. D'ailleurs serait-il possible que les Evangélistes osassent faire mention d'un événement si considérable, s'il n'avait eu lieu, sans se condamner eux mêmes? Ils disaient que cette éclipse fut universelle et que les ténèbres se répandirent sur la terre entière; mais s'il n'en eût été

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