CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE XX
autrement, n'est-il pas vrai qu'ils auraient eu contre eux tous les hommes de l'univers, et qu'ils seraient passés aux yeux du monde entier non-seulement pour des menteurs, mais encore pour des fous, puisqu'ils auraient consigné dans leurs écrits une fausseté que tant de témoins pouvaient démentir? S'il est impossible de douter de la réalité de cet événement, il est également impossible de ne pas le regarder comme un des plus grands miracles qui aient été faits, car à lui seul il renferme trois miracles signalés. Le premier, c'est la position de la lune, qui était tout-à-fait opposée au soleil; le second, c'est que cette éclipse fut universelle et couvrit à la fois le monde entier, ce qui était naturellement impossible; le troisième, c'est qu'elle dura trois heures, autre circonstance également impossible. Nous avons donné la raison de ces choses dans le second traité de cet ouvrage, au chapitre qui traite des miracles.
Il est facile de voir comment notre foi trouve une confirmation puissante dans cette éclipse survenue en un pareil moment. Si la splendeur inaccoutumée d'une étoile suffit pour conduire les mages de l'Orient à Jérusalem, et pour les prosterner dans la poussière aux pieds d'un tout petit enfant, n'ayant d'autre titre que sa pauvreté et d'autre palais qu'une étable vile et abandonnée, le soleil, la lune et les étoiles, qui se voilent à la mort du Sauveur, ne nous étonneront-ils pas plus qu'une nouvelle étoile qui luit à sa venue? Le bon larron n'hésita pas, à ce spectacle, de proclamer roi des deux ce Christ qu'il voyait expirer sur la croix entre deux voleurs. Ce sentiment sera celui de tout esprit attentif et raisonnable, et il suffira de voir ce qui se passe au ciel pour avoir en ce mystère une foi plus vive qu'en une chose mathématiquement démontrée. Qu'il soit donc mille et mille fois béni Celui qui, par les ténèbres de cette éclipse, a éclairé notre entendement de clartés nouvelles et nous a confirmés dans notre foi et dans tous les articles qu'elle contient, puisque tous nous ont été enseignés par ce Seigneur dont toutes les créatures proclament aujourd'hui la gloire et la divinité! Au reste, il ne fallut pas attendre longtemps l'efficacité de ce miracle ; tous ceux qui assistaient à la mort du Sauveur, frappés du spectacle
qu'offrait à leur regard la nature entière, « frappaient leur poitrine et se convertissaient à Dieu. » Luc. xxm, 48. Ainsi s'accomplit cette prophétie du Sauveur : « Quand vous aurez élevé le Fils de l'homme sur une croix, vous connaîtrez alors ce que je suis. » Joan. vm, 28.
Nous croyons avoir prouvé dans ce chapitre que la passion du Sauveur , loin d'être un argument contre notre foi, était au contraire, quand on l'étudiait attentivement, un des plus grands témoignages et des plus fortes preuves qu'on put donner en sa faveur. Que si à ces merveilles si extraordinaires, nous ajoutons la transformation des coutumes des hommes et le changement de vie qu'elles ont opérés dans le monde, notre admiration en deviendra plus grande et notre foi en cette vérité mieux établie.