‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 231 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE XXI

Dieu par leur mort ; uous verrons alors combien ça été une glorieuse et divine chose de souffrir pour de telles causes.

Pour bien comprendre toute la force de cette considération, il faut faire trois choses. Il faut premièrement se souvenir des grands encouragements que la passion du Sauveur nous fournit pour toute sorte de vertu et de sainteté. Il faut secondement considérer la beauté d'une âme sanctifiée et mise en grâce avec Dieu, beauté si grande qu'elle obscurcit par sa splendeur la clarté et la beauté des étoiles ; et afin de mieux entendre ceci, il faut se représenter la sainteté des saints* auxquels on a plus de dévotion, soit qu'ils aient existé autrefois, soit qu'ils existent encore et que nous les connaissions. Cela fait, comptons les âmes des élus qui se sont ainsi sanctifiées et embellies depuis le commencement jusqu'à la fin du monde; considérons surtout les justes qui ont fleuri depuis que Dieu est descendu sur le Sinaï pour y donner sa loi écrite jusqu'à la venue du Sauveur qui a promulgué la loi de grâce, ceux qu'il y a eu depuis ce dernier temps jusqu'à nos jours, et parmi eux ce nombre presque incalculable de martyrs et de saints de toute espèce, ceux enfin qui paraîtront encore jusqu'à la fin du monde; cette énumération s'étend à tous les siècles et à tous les mondes passés, présents et à venir. Seul le Seigneur, qui compte les étoiles dans le ciel et les appelle chacune par leur nom, connaît le nombre et la gloire de ses élus. Cependant, résumant ce qui précède, comme il est vrai que la passion du Christ fut le principal moyen par lequel tous ces saints furent sanctifiés, peut-on rien attribuer de plus digne à cette infinie bonté que d'avoir fait une chose de laquelle tant et de si admirables fruits ont été produits dans le inonde? Que si la beauté d'une âme est plus grande que celle du soleil et de la lune, qui dira jamais l'éclat de la souveraine cité de la gloire, embellie et ornée par tant -et de si magnifiques astres?

Revenons cependant à notre sujet. Si tels sont et la cause et les fruits de cette passion sacrée, il s'ensuit que plus elle fut douloureuse et ignominieuse, et plus aussi elle est glorieuse. Ne regardons pas à la bassesse de ce que le Sauveur endure, mais aux fruits inestimables que ses douleurs ont produits, et la passion

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nous semblera alors une œuvre plus digne de cette infinie bonté que toutes celles qu'elle a jamais faites ou qu'elle fera jamais.

Nul ne conteste que la création du ciel et de la terre, du soleil, de la lune et des autres astres, soit une œuvre très-glorieuse pour Dieu et très-digne de lui, et cependant, pour quiconque a de Dieu une idée exacte, il est une œuvre plus digne de Dieu que celle-là, et cette œuvre, c'est celle de la passion du Sauveur. L'œuvre la plus digne de Dieu est celle qui déclare le mieux sa bonté et qui est plus utile et plus avantageuse au monde. Quand Dieu eut créé les deux avec leur beauté et les astres avec leur splendeur, afin d'inspirer à l'homme par la beauté et l'utilité de ses ouvrages une haute idée de sa grandeur et de l'amener à le reconnaître et à l'adorer comme le véritable Dieu et Seigneur, l'homme profita si peu des dons de Dieu qu'il abusa de la beauté des créatures pour les adorer à la face de Celui qui les avait créées ! Mais quand il fut descendu sur la terre et qu'il eut souffert sur la croix, la sainteté et la religion prirent possession de ce monde, nous finissons à peine de le déclarer, et les hommes, ayant foulé aux pieds les faux dieux, embrassèrent la foi et la connaissance du vrai Dieu avec tant de fermeté, qu'ils eussent préféré souffrir mille morts que trahir leur croyance. On voit par là la différence qu'il y a entre ces deux œuvres, et combien la seconde est plus excellente et plus digne de cette souveraine bonté, si dévouée aux hommes, que la première, qui a produit si peu de fruits, encore que cette stérilité vient moins de l'œuvre elle-même que de la nature humaine.

Malgré tout, les hommes ne laissent pas de s'étonner à la vue d'un Dieu pris, bafoué et maltraité en toutes manières... Je comprends leur étonnement, mais ils doivent s'étonner davantage et se sentir comme transportés hors d'eux-mêmes, dans une folie sainte, en considérant cette incompréhensible bonté.

Comment Dieu nous fait connaître dans ce mystère les perfections qui se rapportent à sa bonté.

Pour entendre ce mystère jusqu'en sa racine, nous devons

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