‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 232 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION 111, CHAPITRE XXI. M · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION 111, CHAPITRE XXI. M

savoir que de même que Dieu est le premier principe de toutes choses, il est aussi leur dernière fin. C'est lui qui a tout créé, mais il a tout créé pour lui, c'est-à-dire pour la plus grande manifestation de ses attributs et de sa gloire. Tout infinies qu'elles sont, les perfections divines peuvent se réduire à deux ordres. Les unes appartiennent à la grandeur de sa majesté et les autres à celle de sa bonté. Or, afin de manifester ces deux ordres de perfections, Dieu a créé deux mondes, l'un naturel, et c'est celui que nous voyons orné de tant de merveilles , l'autre surnaturel, qui n'est autre que l'Eglise catholique, et qu'il a embelli de ses sacrements, des saintes Ecritures, des exemples de Jésus-Christ et des saints, et enfin de la présence de FEsprit-Saint.

Pour manifester les perfections qui se rapportent à sa majesté, Dieu a créé le monde naturel : il y manifeste aux yeux de tous la grandeur de sa sagesse par l'ordre et le concert qu'il y a établis, celle de sa toute -puissance, en y créant tout de rien ; celle de sa providence, en y donnant à toutes ses créatures ce qui est indispensable à leur conservation. Par le moyen de ce monde naturel, il découvre ces trois admirables perfections, qui sont « comme les trois doigts, selon que s'exprime Isaïe, avec lesquels il soutient la masse de la terre, » Isa. xl, 12, puisqu'à l'aide de ces trois perfections, il la crée, il la gouverne et il la soutient.

Mais quand il voulut déclarer les perfections qui se rapportent à sa bonté, il créa le monde surnaturel de son Eglise. Il y opéra les œuvres de sa grâce, et surtout la plus grande de toutes, celles de l'incarnation et de la passion, et par elles il nous déclara trois autres de ses perfections, sa bonté, sa charité et sa miséricorde. Mais c'est une chose digne de remarque de voir à quels moyens notre Seigneur a recours afin de nous faire connaître ces attributs. Sa sagesse, sa toute-puissance et sa miséricorde, il nous les montre dans des 'œuvres magnifiques et éclatantes, dans la création de l'immensité des cieux, du soleil, de la lune, des étoiles, de la mer et de la terre, et dans la structure magnifique des corps des animaux, où tout a été fait avec une si grande perfection, qu'encore que leur nombre soit infini, on n'y trouve pas une seule lacune ou un seul défaut. C'est par de telles œuvres et par

d'autres semblables que Dieu nous déclare l'excellence de ses trois attributs qui ont rapport à sa majesté. Mais quant aux attributs qui se rattachent à la bonté, ce n'est plus par des grandeurs mais plutôt par des bassesses, s'il se peut dire, qu'il veut nous les découvrir, c'est-à-dire par des œuvres d'une extrême humilité. Quelle plus grande humilité que la sienne en effet? Il nait dans une étable, il a pour berceau une crèche, il est circoncis comme un pécheur, il fuit en Egypte comme un homme faible, et à la fin de sa vie, il est pris, enchaîné, couvert de crachats, souffleté, fouetté et enfin dépouillé de ses vêtements et crucifié entre deux voleurs. Y a-t-il, au jugement des hommes, de plus grandes bassesses que celles-là? Mais plus ces bassesses furent profondes, plus aussi, si nous considérons la fin pour laquelle le Sauveur s'y soumettait, plus la gloire de sa bouté fut éclatante. Cette passion sacrée ayant produit ces grands fruits de sanctification et de rédemption dont nous avons parlé plus haut, il s'ensuit que ces bassesses étaient de même nature que la fin à laquelle elles se rapportaient et qui n'était autre que notre bien. Or comme l'attribut dont le Seigneur notre Dieu se montre le plus jaloux est la bonté, et qu'entre les divers degrés de bonté le plus excellent consiste, comme nous l'avons dit, à souffrir de grands travaux et de grandes humiliations pour rendre les autres bons et saints, il est clair que plus la honte sera profonde, plus la bonté brillera d'un plus grand éclat, et par conséquent plus notre Seigneur s'humilie et souffre pour nous, plus il nous fournit de plus puissants motifs d'amour et de reconnaissance. C'est donc avec juste raison que saint Bernard s'écrie : « Plus il se montre infirme dans son humanité, plus il paraît grand dans sa bonté ; plus il se fait petit à cause de moi, et plus il me devient aimable. Hérode le méprise, mais moi je l'estime d'autant plus qu'il se fait méprisable à cause de mon bonheur. » Senn. 1 de Epiph.

De même donc que les attributs du Seigneur notre Dieu qui se rapportent à la majesté nous sont connus par ses grandeurs, ceux qui appartiennent à sa bonté nous sont rendus sensibles par ses humiliations. Elle est donc sans valeur l'objection que l'on se plaît à tirer des abaissements de notre Dieu, comme s'il n'était

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