‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 233 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION III, CHAPITRE XXI

pas assez démontré par tout ce qui précède que sa passion était la plus glorieuse de toutes ses œuvres. Ailleurs il fait paraître la grandeur de sa sagesse, de sa toute-puissance et de sa providence ; mais ici il fait éclater sa bonté, celle de ses perfections dont il se glorifie davantage, et avec elle sa charité et sa miséricorde, la charité par laquelle le Seigneur nous communique ses biens, la miséricorde qui le rend sensible à nos misères et le porte à guérir nos maux. Finissons en faisant remarquer que ce qui paraît vil aux yeux de la chair, qui ne jugent que l'extérieur, est aux yeux de l'esprit et de la foi d'une inestimable grandeur .

Que toutes les perfections divines, à quelque ordre qu'elles se rapportent, plongent ceux qui les considèrent dans le même étonnement.

Il est bon d'observer ici qu'encore que les moyens à l'aide desquels nous sont connus ces deux ordres de perfection soient différents, ils ont cela de commun qu'ils excitent chez ceux qui les considèrent le même étonnement et la même admiration; pour peu qu'on veuille les considérer attentivement en effet, on a bientôt l'esprit saisi et comme suspendu en présence de leur excellence et de leur beauté. Et ici, laissant de côté les autres œuvres divines, arrêtons-nous à deux d'entre elles, je veux dire à la création du monde et à la résurrection générale des corps. Cette résurrection suppose un grand nombre de difficultés vaincues, et pour n'en citer qu'une seule, combien ne semble -t-il pas difficile de ressusciter les corps des hommes qui ont péri pendant le déluge, dont les uns, dévorés par les poissons, se changèrent en leur substance, et les autres, dissous et transformés, perdirent leur manière d'être pour prendre celle des corps dans lesquels ils étaient passés ? Eh bien I quel que soit le nombre des corps qui furent engloutis dans ce cataclysme universel, Dieu sait parfaitement où est passée leur substance, et au dernier jour il les ressuscitera tous, chacun avec sa propre chair et ses propres membres. Bien plus, et ceci doit augmenter notre admiration, le Sauveur nous affirme « que pas un cheveu de notre tête ne pé-

rira, » Luc. xxi, 28, mais qu'ils ressusciteront tous. Ce que je dis de ces corps, je le dis aussi de la langue de l'impie Nicanor, « que Judas Machabée fit couper et jeter par morceaux aux oiseaux de proie, » II Mach. xv, 33; quoique transformée en la substance de ces oiseaux qui la dévorèrent, elle n'en ressuscitera pas moins au dernier jour, telle qu'elle était alors, car il est juste que cette langue, qui commit le blasphème avec tant d'impudence, porto la peine réservée aux blasphémateurs. Ainsi en sera-t-il aussi de tous les autres corps qui ont existé, qui existent ou qui existeront encore jusqu'à la fin du monde. 0 spectacle qui doit confondre l'intelligence humaine que celui de tous ces corps devenus la proie des oiseaux, des animaux et quelquefois d'autres hommes, et tranformés en leur substance, et maintenant rendus à la vie! Comment contenir son admiration en présence de la grandeur d'une sagesse et d'une toute-puissance qui savent et peuvent opérer un pareil prodige !

Et cependant il y a une œuvre plus belle que la résurrection, c'est la création. Pour ressusciter un corps, on opère sur une matière existante ; pour les créer, il faut les tirer du néant. C'est ainsi que Dieu a créé le monde et tout ce qu'il renferme ; il n'eut qu'à vouloir, et tout fut créé. Je dis plus, si Dieu le voulait, sa volonté suffirait pour créer en un instant mille mondes plus grands et plus beaux que celui que nous voyons. Quel doit-il donc être Celui dont la puissance est telle qu'il peut d'un seul acte de sa volonté opérer de si grandes et de si parfaites merveilles? Qui ne serait comme transporté hors de lui en considérant ces choses avec l'attention qu'elles méritent? Que si ces œuvres de la sagesse et de la toute-puissance de Dieu plongent les esprits attentifs dans un étonnement salutaire, la bonté, qui est, comme nous l'avons dit, l'attribut préféré de Dieu et relui par lequel il désire surtout se faire connaître et se faire aimer, la bonté serait, pour ainsi dire, jalouse, si Dieu ne lui faisait pas opérer des merveilles qui procurassent aux hommes le même étonnement et la même admiration. Si donc les hommes, devant les prodiges de la sagesse et de la puissance, demeurent ravis cl confondus, il faut qu'ils éprouvent les mêmes sentiments devant

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