‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 240 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION IV, CHAPITRE PREMIER. 3!>i · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION IV, CHAPITRE PREMIER. 3!>i

Ce grand bienfait, cet acte si mémorable, cette si glorieuse entreprise, à qui clone était-elle réservée sinon au vrai Messie et au Sauveur du monde? Et si, comme Dieu l'avait promis par un serment solennel au patriarche Abraham, il devait naître de lui un fils par qui toutes les nations de la terre seraient bénies, Gen. xii, 3, quelle bénédiction, ou quel salut pouvait donner ce fils à un monde plein d'autant d'abominations et de malédictions qu'il adorait d'idoles? Mais qu'est-il besoin ici de raisonnement lorsqu'il nous est prouvé par toutes les écritures, sacrées et profanes, que c'est de Jérusalem que sortirent les disciples du Christ qui furent chargés de l'entreprise si terrible de chasser les idoles des Gentils et d'annoncer le Crucifié pour le vrai Dieu? Et ils s'acquittèrent de leur mission avec tant de courage et de vaillance qu'ils moururent tous pour cette cause, les uns décapités, les autres crucifiés, ceux-ci frappés de la lance, ceux-là précipités. Saint Jean seul ne mourut pas par le fer, bien qu'il eût été exilé. Cet acte suffit à nous faire croire que le Sauveur est déjà venu. Et telle est la concision de notre argumentation. Parmi les grands faits que devait opérer le Messie à sa venue, l'un des principaux était de délivrer le monde de l'idolâtrie. Nous le voyons accompli par la doctrine du Christ et par la prédication de ses disciples et de ses ministres : d'où il résulte rigoureusement que le Messie, qui devait accomplir ce fait, est venu. Nous ne procédons ni par longs détours, ni par nombreuses paroles; deux preuves nous conduisent à cette vérité si entièrement qu'il n'y a rien à lui opposer.

Second signe, ou conversion des peuples au vrai Dieu.

Une autre prophétie dit, que les Gentils devaient, à la place de leurs faux dieux', recevoir et adorer le Dieu des Juifs comme le seul et vrai Dieu. Ainsi l'annonça David, lorsqu'il dit que les princes des nations devaient s'unir au Dieu d'Abraham. Ps. xlvi, 10. Et par Isaïe le même Seigneur dit : « Ceux qui ne me réclamaient pas me cherchèrent, et ceux qui ne me cherchaient pas me trouvèrent. Et je dis : Me voilà! me voilà! à la nation qui

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n'invoquait pas mon nom. » Isa. lxv, \ . Le même Seigneur dit par Osée : « Je dirai au peuple qui n'était pas à moi : Tu es mon peuple. Et il répondra : Tu es mon Dieu. » Ose. n, 2-4. Le prophète Isaïe, comme choisi par Dieu pour annoncer cette vocation, est rempli des prophéties qui traitent de la vocation et de la conversion des nations au culte et à la connaissance du Dieu «l'Abraham.

Le Père éternel déclare dans le même Prophète, que cette si grande œuvre devait s'accomplir au moyen du Sauveur, et il s'exprime ainsi à son Messie : « C'est peu que tu sois mon serviteur pour attirer à mon service les tribus de Jacob, et convertir les rebuts d'Israël ; je t'ai donné pour que tu sois la lumière des nations, et mon salut jusqu'aux confins de la terre. » Isa. xlix, 6. Nous avons vu cela s'accomplir, puisque toutes les nations du monde, non-seulement les chrétiens et les Juifs, mais aussi les Turcs et les Maures adorent et confessent le Dieu d'Abraham, comme le vrai Dieu; en réservant le cas de l'erreur, car ils ne le connaissent pas comme un Dieu en trois personnes, ce qu'il est réellement. C'est pourquoi nous comprendrons que, depuis que Dieu a créé le monde jusqu'aujourd'hui, on n'a pas vu d'homme capable, comme notre Jésus, d'accomplir une œuvre aussi grande, de doter le monde d'un aussi grand bienfait. Nous comprendrons clairement que jamais pareil bienfait n'aura été rendu au monde, que celui de le délivrer d'un mal si grand, si universel que l'était l'idolâtrie, et de lui faire autant de bien que par la connaissance du vrai Dieu. Or à qui était réservée cette sublime œuvre, sinon au vrai Messie? Et puisqu'il est. évident pour nous qu'elle a été accomplie par sa doctrine et le ministère des siens, qui peut douter qu'il soit venu?

Troisième signe : soumission de l'empire romain.

Une autre œuvre singulière était réservée à ce Seigneur. C'était de soumettre à sa religion et à sa loi l'empire romain qui commandait à l'univers, comme le signifie cette statue mystérieuse que vit Nabuchodonosor, dont la tête était d'or, la poitrine

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