‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 242 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION IV, CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION IV, CHAPITRE PREMIER

Cinquième signe : sanctification des hommes.

Un autre fait était réservé à la venue de ce Seigneur. Du milieu de ces Gentils, pareils à des lions, à des loups, à des serpents et aux bêtes fauves, devaient se lever un grand nombre d'hommes qui imiteraient dans leur vie la pureté des anges. Isa. Et cela s'est accompli non- seulement par les milliers de moines qui vivaient si saintement dans les déserts et hors des solitudes, et par les nombreux chœurs et monastères des vierges dont la pureté s'épanouissait en tous lieux, mais bien plus par les millions de millions de martyrs qui, dans toutes les parties du monde, furent soumis à de si cruelles et si étranges tortures que, s'ils n'avaient point été établis sur le fondement même de la vertu et de la vérité, ils seraient infailliblement tombés, ils auraient défailli emportés par le choc et le tourbillon des tourments qui fondaient sur eux. Nous traiterons plus loin de la cause qui empêche aujourd'hui la sainteté d'être aussi répandue et florissante que dans cet âge d'or de la primitive Eglise, lorsque le sang du Christ venait de couler, que la doctrine et les miracles des apôtres et des hommes apostoliques parlaient encore. Il est en effet constant pour nous que ces choses se sont accomplies dans ce glorieux temps-là, comme l'attestent toutes les histoires ecclésiastiques écrites par les hommes les plus graves et les plus saints. Il n'est pas jusqu'aux écrits des Gentils qui ne traitent de l'innocence des chrétiens de cette époque, de leur merveilleuse constance à confesser la foi, du nombre infini de martyrs qui souffrirent pour elle, comme il est facile de s'en convaincre par la lettre que Pline le Jeune écrivit à ce sujet à l'empereur Trajan, et par d'autres pièces des Gentils: Il résulte de là qu'on ne peut nier la venue de Celui qui devait opérer ce si glorieux changement dans les cœurs des Gentils, qui étaient tombés et engagés dans les profondeurs de tous les vices que le péché d'idolâtrie entraîne avec lui ?

Sixième signe : du lieu d'où devaient sortir les prédicateurs de l'Evangile.

Au fait que nous venons de signaler, se joint la circonstance importante du lieu d'où devaient sortir les ministres par qui Dieu se proposait de chasser l'idolâtrie du monde, et d'implanter la foi nouvelle et la nouvelle religion; nous voulons parler de la cité de Jérusalem. C'est ce que prophétise manifestement Isaïe par ces paroles : « Dans les derniers jours, au-dessus des collines et sur le sommet des montagnes, sera préparée la montagne qui servira de maison au Seigneur, et beaucoup de nations y courront en disant : Venez, et montons sur la montagne du Seigneur, vers la maison du Dieu de Jacob. Il nous montrera ses voies, et nous marcherons dans les sentiers de ses commandements, parce que la loi sortira de Sion, et la parole de Dieu de Jérusalem. Et il jugera les nations et accusera beaucoup de peuples. » Isa. n, 2, 3, 4. Le prophète Michée confirme, au chapitre quatrième, cette même prophétie par les mêmes paroles qu'Isaïe, en attestant que de la cité de Jérusalem devaient sortir ceux qui ramèneraient les adorateurs des idoles à la connaissance du vrai Dieu et à l'obéissance de ses saints commandements. David fit la même prophétie dans le psaume cix en ces termes : « Le Seigneur dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite jusqu'à ce que je mette tous tes ennemis sous tes pieds, et le Seigneur enverra de Sion la verge de ta vertu, qui est le sceptre de ta royauté, pour que tu règnes au milieu de tes ennemis. »

Cette circonstance du lieu de Jérusalem, d'où devaient sortir ceux qui chasseraient du monde l'idolâtrie et ramèneraient les hommes à la connaissance du vrai Dieu, éclaire et confirme la vérité avec mie telle fermeté, qu'il ne reste aucune place au doute. En effet, parmi tant de cités qu'il y a au monde, indiquer comme avec le doigt celle d'où devaient sortir les ministres de cette œuvre si grande, et l'indiquer de manière à en faire voir l'accomplissement, n'est-ce pas enlever toute place au doute? J'établirai donc ici quatre vérités que l'homme, qui croit aux Ecritures, ne pourra nier. La première, c'est que l'idolâtrie devait

CINQUIÈME PARTIE, SECTION IV, CHAPITRE PREMIER. 399 être chassée du monde, conformément aux prophéties alléguées, notamment celle de Zacharie, où Dieu dit qu'il détruira les idoles de la terre et qu'elle n'en gardera pas le souvenir. Zach. xm, 2. La seconde vérité est que cette grande œuvre était réservée au Messie lorsqu'il viendrait au monde, ce qui est clairement établi dans le second signe de la venue du Christ par toutes les prophéties que nous y avons citées. La troisième vérité est celle que nous venons de voir et qui se rapporte au lieu d'où devaient sortir les ministres chargés de l'œuvre si importante de chasser du monde les faux dieux, et d'amener les hommes à la connaissance du vrai Dieu. Or ces trois vérités sont aussi certaines et aussi vraies que Dieu l'est lui-même, puisqu'elles sont si clairement exprimées dans la sainte Ecriture. Quant à la quatrième vérité, qui consiste en ce que les disciples du Christ sont sortis dé la cité de Jérusalem, et ont entrepris cette glorieuse mission, et sont tous morts pour la confesser, après avoir souffert d'innombrables persécutions; toutes les histoires sacrées et profanes, grecques et latines, tous les livres qui rapportent les combats des martyrs et qu'on nomme Martyrologes, le témoignage unanime du monde entier, les nombreux ouvrages des Gentils qui, en écrivant la vie des empereurs, ont aussi traité des persécutions des chrétiens, tout cela en fait foi.

J'arrive par ce qui précède à une démonstration telle qu'elle défie tous les jugements des hommes et des démons. En effet, s'il est vrai que Dieu devait chasser l'idolâtrie du monde, et que ce grand acte était réservé au Messie, s'il est vrai que de Jérusalem devaient sortir ceux que Dieu réservait à l'accomplissement de cette œuvre, et que les disciples du Christ, sortis de cette cité, en furent les auteurs et les ministres annoncés, qui pourrait nier que le Christ est le vrai Messie? Par quels signes plus évidents, par quel plus puissant raisonnement Dieu manifesterait-il le vrai Messie ? Que peut répondre à cela la mauvaise foi de l'homme, si aveugle et si obstinée qu'elle soit? Ce raisonnement s'établit donc sur quatre vérités, dont trois appartiennent à la sainte Ecriture, la quatrième est connue du monde entier. Nous voyons donc combien est juste notre Seigneur Dieu, avec quelle

justice il condamnera tous les incrédules qui n'auront pas voulu se laisser convaincre par des signes si évidents. Or si cette seule prophétie suffit pour conclure, que sera-ce si nous y joignons toutes celles qui sont venues après, comme nous le verrons? Et si l'on ne peut répondre à elle seule, comment fera-t-on pour répondre à toutes les autres ?

Septième signe : venue du Sauveur avant la destruction du second temple.

A ces signes il faut ajouter ceux que l'Esprit-Saint, amoureux du salut des hommes, nous a laissés pour reconnaître la venue de ce Seigneur, dont la connaissance, ainsi qu'il a été dit, est le fondement de notre salut. Pour cela, il importe de savoir qu'après la captivité de Babylone le temple de Jérusalem fut rebâti. Mais il était si différent de celui que Salomon avait élevé, que les anciens, qui avaient vu la richesse du premier temple, pleuraient en constatant l'infériorité du second. I Esdr. m, 12. Or Dieu envoya dire aux princes du peuple, par le prophète Aggée, de ne pas se décourager, et que la gloire de ce second temple serait plus grande que celle du premier, non à cause de sa richesse, mais parce que bientôt devait arriver le Désiré de toutes les nations, qui y ferait son entrée et le glorifierait par sa présence plus que le premier ne l'avait été. Agg. u, 10. Voilà la promesse de Dieu par la bouche de son prophète. D'où il suit que ce temple étant debout, il fallait que le Désiré de toutes les nations vint à lui, c'est-à-dire le Christ, notre Seigneur. Or nous voyons qu'il y a plus de quinze cents ans que ce temple est détruit, brûlé, gisant sur le sol ; d'où il résulte que ce Seigneur est venu, car la parole et la promesse de Dieu ne peuvent tromper. Le ciel et la terre failliraient plutôt. Posons un exemple pour faire mieux saisir La force de cette prophétie. Supposons qu'un prophète aurait annoncé que le Messie devait venir avant que les murs de Rome tombassent. Si ces murs étaient tombés, tout le monde comprendrait que ce Seigneur est venu, et quiconque n'aurait pas douté de la prophétie ne pourrait douter de cela. Donc, si ce prophète dit ici que, bien que le second temple ne fût rien coni-

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