‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 244 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION IV, CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION IV, CHAPITRE PREMIER

piété, désirant élever une demeure et un temple dignes de ce Seigneur qui de pauvre pasteur l'avait fait roi si puissant, Dieu lui fit dire par son prophète Nathan que, pour le récompenser de ce pieux désir et de cette bonne pensée, il lui promettait de lui bâtir ime maison éternelle et de lui donner un règne qui ne finirait pas, parce que sa miséricorde ne s'en retirerait pas comme elle s'était retirée de la maison de Saùl. II Reg. vu, 15. Cette promesse inspire à David un psaume divin dans lequel, après avoir parlé de la grandeur de Dieu, qui peut s'engager par des promesses auxquelles ni le temps ni le pouvoir des hommes ne feront obstacle, il commence à rapporter cette promesse dans dix-huit versets du psaume qui y sont entièrement consacrés. Ps. lxxxviii. Et comme elle était si grande qu'elle paraissait s'élever au-dessus de la foi vulgaire, Dieu la confirme de sa propre bouche par un serment solennel fait en son propre nom, le plus grand qui soit. Et pour que nous ne crussions pas que l'éternité de ce règne signifiât quelque grand espace de temps, comme cela arrive ailleurs dans l'Ecriture, il dit que la durée de ce règne sera aussi longue que celle du soleil, de la lune et des jours du ciel. Et pour que nous n'imaginassions pas que cette promesse devait s'étendre à la condition que les fils de David demeurassent fidèles aux préceptes divins, et non autrement, comme il arrive pour d'autres promesses de Dieu, il eut soin de faire observer que si les enfants de David violaient ses lois et ses commandements, il les éprouverait et les châtierait, mais que la promesse faite à David demeurerait inébranlable, parce qu'il l'avait juré, et que la vérité étant avec lui, les paroles qui sortaient de ses lèvres ne pouvaient être ni vaines ni fausses. David rapporte tout cela dans ce psaume. Dieu fit ratifier cette promesse par le prophète Jérémie avec la même fermeté, par la même comparaison, car il dit que les rois de la maison de David ne peuvent faire défaut à son peuple pas plus que les jours et les nuits ne peuvent faire défaut au monde. Jerem. xxxm, 20.

Voilà ce que disent les prophéties sur la continuité du règne des fils de David, et elles sont répétées en termes si clairs que ni Tullius ni Démosihène, avec toute leur éloquence, ne pourraient

expliquer plus clairement la perpétuité de ce règne. Voilà comment nous, chrétiens, à qui Dieu a fait la grâce de communiquer la lumière de sa foi, nous sauvons facilement la vérité de cette promesse en confessant que, lorsque mourut le dernier roi de Juda, nommé Àntigone, de race juive, et au commencement du règne d'Hérode, de race iduméenne, alors naquit le Roi Messie, Christ notre Sauveur, de la tribu de David, Josèphe, Antiq. Judic. xv, 1, et qu'à cause de cette naissance Hérode ordonna le massacre des innocents, pour tuer avec eux le nouveau roi et assurer son trône, Matth. n, 16, et, comme pour faire compagnie aux tristes pères dont il égorgeait les enfants, qu'il tua aussi son propre fils. Cela est rapporté non-seulement par nos Evangélistes, mais aussi par les auteurs des Gentils, qui citent cette parole de l'empereur Auguste, lequel ayant appris la mort de ce fils, dit que dans la maison d'Hérode il valait mieux être porc qu'enfant. C'est ainsi que nous, chrétiens, nous sauvons sans détour de langage la vérité de cette promesse en confessant le règne du Christ, fils de David, qui règne aujourd'hui et régnera jusqu'à la fin du monde dans le royaume du véritable Israël, qui n'est autre chose que le peuple chrétien, héritier de la foi de ce saint patriarche.

Mais que feront, en cette occurrence, les maîtres des Hébreux tourmentés par l'évidence de cette prophétie? Ce que font des aveugles guidés par d'autres aveugles. Ils forgent des inventions qui les font persévérer dans leur aveuglement, pour ne pas perdre l'autorité et les avantages dont ils jouissent parmi les misérables disciples qu'ils entretiennent dans l'erreur ! Mais ne pouvant contredire la vérité de l'Ecriture, ils eurent recours au mensonge, disant qu'il existe encore chez eux des rois et des chefs de la race de David. Et, lorsqu'on leur demande où ils sont, pour n'être pas convaincus de mensonge, ils répondent qu'ils sont en avant des monts Carpiens, où jamais personne n'aborda ni ne les vit, et ne peut se rendre raison de leur existence. En effet, que devaientils faire, les misérables, sinon se réfugier là où se réfugient ceux qui ont de mauvais procès, dans la fausseté et le mensonge? Quoi de plus honteux, ou pour mieux dire, de plus déplorable que de voir comment ils veulent sciemment s'aveugler, eux et leurs

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