‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 245 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION IV, CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION IV, CHAPITRE PREMIER

disciples? Ainsi firent ceux qui trouvèrent des motifs dans les miracles du Sauveur pour le condamner à mort, craignant que, si le Christ venait à régner, ils ne perdissent les dignités et les charges qu'ils possédaient dans la république. C'est par une semblable raison que ceux-ci enchaînent à l'erreur le pauvre peuple pour ne pas déchoir de leur dignité et de leur prééminence.

Dixième signe : des semaines de Daniel.

Mais il ne se contenta pas, ce divin Esprit, amoureux de notre' salut, de nous donner tous ces signes; il voulut aussi nous annoncer très-distinctement le temps de la venue de ce Seigneur. Et bien que pour cela il suffît des deux prophéties mentionnées ci-dessus, l'une d'Aggée, qui prédit la venue du Christ pendant la durée du second temple, l'autre du patriarche Jacob, qui la prédit avant que le sceptre sortît de la maison de Juda; malgré ces deux prophéties si claires, il condescendit à nous énumérer les années au bout desquelles le Christ devait venir et s'immoler. Ce qui a lieu dans cette si fameuse et si claire prophétie de Daniel, qui jette la plus grande lumière sur ce mystère. Car ce Prophète dit que, lorsqu'il eut compris que les soixante et dix années de la captivité de Babylone étaient accomplies selon la prophétie de Jérémie, Jerem. xxv, 12; xxix, 10, il adressa une trèslongue et très-fervente prière à Dieu pour la liberté de son peuple, que grâce à elle le saint ange Gabriel lui fut envoyé, et lui annonça que soixante-dix semaines étaient assignées comme limite au péché, à l'iniquité, pour donner aussi entrée dans le monde à la justice éternelle, amener l'accomplissement des visions et des prophéties, ainsi que l'onction du Saint des saints, qui est le Christ, ainsi appelé à cause de l'excellence de sa sainteté. Il ajoute qu'après ce' délai le Christ mourrait, et que ce n'était pas son peuple qui devait le nier; que la cité et le sanctuaire seraient détruits par l'armée et le général qui devaient les envahir, et que cette destruction durerait jusqu'à la fin. Dan. ix, 2, 3, 21, 24, 26, 27.

Il est évident que les semaines dont parle ici le Prophète ne

sont pas faites de jours, parce qu'elles ne feraient toutes qu'un peu plus d'un an. Ce sont des semaines composées d'années, comme elles se comptent dans le chapitre vingt- troisième et vingt-cinquième du Lévitique. Or il n'y a pas dans l'Ecriture d'autre mode de semaines que ces deux, et en adoptant les semaines d'années, nous obtenons le chiffre de quatre cent quatrevingt-dix ans. Mais les maîtres des Hébreux, se voyant convaincus par cette prophétie, qui prouve jusqu'à l'évidence que le .Messie est venu, feignent d'autres modes de semaines et d'autres comptes d'années. Et pourtant la vérité est si manifeste, que toute voie est fermée à l'erreur. En effet, si le Prophète se contentait d'annoncer la mort du Christ, ils pourraient en tirer occasion pour répandre leurs ténèbres sur les clartés de la vérité, au moyen de leurs fables accoutumées. Mais le Prophète joint au crime de la mort du Christ le châtiment de ce crime, qui fut la destruction de Jérusalem et du temple, et il signale pour les deux choses l'époque des soixante-dix semaines. Or nous tenons pour constant que ce châtiment arriva peu après l'accomplissement des soixante et dix semaines, qui font justement les quatre cent quatre-vingt-dix années. Ce fut alors en effet qu'arriva l'armée romaine, et qu'elle détruisit et rasa la cité et le temple. 11 s'ensuit donc que ces soixante et dix semaines comprennent le nombre d'années où ce châtiment arriva. De sorte que le temps du châtiment nous fait connaître le temps que le Prophète assigna à ces semaines. Il est aussi évident que le Christ souffrit dans le même temps, puisque le Prophète assigne la môme époque aux deux événements. Assurés de l'un, nous le sommes aussi de l'autre, surtout si nous considérons que le châtiment ne pouvait précéder le péché. Le péché vint d'abord : ce fut la mort du Christ, si clairement annoncée par le Prophète, qui l'appelle le Saint des saints. Et le châtiment arriva quarante ans après, parce que ce temps était nécessaire à la fondation de la nouvelle Eglise qui devait s'établir dans Jérusalem, et dont les fidèles furent avertis de la part de Dieu de se choisir une autre demeure pour n'être pas victimes du terrible fléau que Dieu voulait envoyer à la cité où le crime s'était accompli.

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