‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 246 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION IV, CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION IV, CHAPITRE PREMIER

Et pour que la mauvaise foi de ces perfides interprètes éclate d'une manière plus évidente, il est important de savoir que les autres prophètes s'occupent surtout des œuvres du Christ et des signes de sa vie et de sa mort qui devaient servir à nous le faire reconnaître. Mais Daniel, non content de cela, traita plus particulièrement du temps de sa venue , pour que cette preuve, jointe aux autres, répandît une plus grande lumière sur la connaissance d'une vérité si importante. Et pour cela, il divise ces semaines en plusieurs parties pour préciser les époques relatives à l'accomplissement d'autres événements qu'il prophétise aussi, comme la réédification de la cité de Jérusalem et de ses murailles. Or, je dis maintenant que, si par ces semaines on ne veut pas entendre des années, mais autre chose, n'ayant d'autre fondement dans l'Ecriture que l'invention et l'imagination humaine, la prophétie demeure sans effet, comme l'intention de l'Esprit-Saint, et nous devient inutile, puisque nous ne pouvons rien connaître de certain dans une matière qui exige la plus grande certitude, et d'où dépend notre salut. Quoi donc de plus hors de propos, de plus indigne du Prophète, que d'avoir parlé de ce temps avec autant de détails, de l'avoir divisé en tant de parties pour déclarer ce qui devait arriver à chaque époque, et d'avoir signalé le commencement et la fin de la durée de ces semaines, pour ne pas dire le nombre d'années qu'elles devaient comprendre, et nous laisser dans l'obscurité, sans aucune lumière, aucune connaissance sur ce qu'il voulait enseigner, livrés à nous-mêmes et obligés de deviner et d'imaginer les uns un temps, les autres un autre? Quoi de plus dépourvu de toute raison, de plus profondément vague et ténébreux? Telles sont les difficultés, et d'autres encore, où doivent tomber ceux qui fuient la lumière que leurs yeux chassieux et malades ne peuvent supporter. Ce qui a ,fait dire d'eux au Prophète qu'ils n'auront pas d'yeux et qu'ils marcheront au milieu du jour comme des aveugles. Isa. lix, 9, 10. C'est le plus terrible châtiment dont Dieu les menace dans le sixième chapitre d'Isaïe, et que nous voyons s'accomplir à la lettre pour ceux qui , au milieu de la si vive clarté de cette prophétie et de toutes les autres que nous

avons rapportées persistent dans l'aveuglement de leur infidélité.

Onzième signe : le châtiment de la mort du Sauveur.

A tous ces signes, ajoutons le dernier, qui fut le châtiment et le fléau envoyés pour punir le crime de la mort du Sauveur. Nous voulons dire la ruine de Jérusalem, prophétisée si clairement par Daniel. Et certes, c'est une chose qui me fait admirer la grandeur de cet esprit prophétique qui annonce les événements tant d'années avant leur accomplissement, avec la certitude que nous voyons dans cette prophétie. Qu'y a-t-il en effet de plus admirable que de voir un homme de chair et de sang comme nous dire : « D'ici à quatre-vingt-dix ans sera détruite et rasée une des plus importantes cités du monde, qui s'appelait Jérusalem, et avec elle le plus fameux et le plus saint des temples, de telle sorte que jamais ni le temple ni la cité ne seront réédifiés?» Qui ne glorifie la puissance de ce Dieu capable de donner une telle lumière et une telle vue à de faibles hommes comme chacun de nous? Or, nous avons vu la prédiction s'accomplir par les empereurs Titus et Vespasien, qui détruisirent Jérusalem ; et nous voyons encore que ni cette cité, ni ce temple, ni cette république n'ont jamais été rétablis ; et cette destruction durera jusqu'à la fin, — comme l'a prédit Daniel. — Et puisque nous voyons cela si manifestement accompli, il s'ensuit que nonseulement le Sauveur est venu, mais qu'il a souffert. Nous divisons, dans notre Introduction du Symbole, l'histoire de ce châtiment exemplaire en trois parties. La première traite des calamités que souffrit le peuple de Pilate au siège de Jérusalem, surtout pendant la conquête de la province de Galilée et de plusieurs autres villes voisines, où le nombre des morts et des captifs fut si considérable, sans compter qu'elles furent toutes pillées et saccagées, rasées en partie et jetées à terre. Dans la seconde partie, nous rapportons les immenses travaux et les calamités qui accompagnèrent le siège de Jérusalem, pendant lequel éclatèrent tant de malheurs et le carnage fut si horrible que, ni depuis la création

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