‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 249 sur 383 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Conclusioii de tout ce qui a été dit.

Concluons maintenant cette matière en en recueillant la connaissance de la vérité, qui est la racine et le fondement de notre salut. Et pour cela, il convient que tous ceux qui ont besoin de la lumière de cet enseignement considèrent l'importance de l'affaire de leur salut, qui a pour but la gloire éternelle ou l'enfer éternel, et en comparaison duquel tout ce qui existe sous le ciel ne pèse pas une paille. Je dis, en second lieu, que celui qui s'efforce d'arriver au port tant désiré de la vérité, doit écarter de son àme tous les ennemis et tous les obstacles : les haines , les colères, les envies, les affections et toutes les autres passions qui, comme d'épaisses ténèbres, obscurcissent la lumière de l'entendement; car nous pouvons tous voir combien la raison et la passion sont opposées et ennemies entre elles, et reconnaître qu'elles ne tombent jamais d'accord sur un sujet. En effet, de même que celui qui place des lunettes vertes ou jaunes devant ses yeux, voit tout de la même couleur, ainsi la passion fait voir les choses telles qu'elle les représente. Celui qui aime la vérité doit se montrer docile, prêter l'oreille à toute bonne raison et à tout bon conseil, n'être pas obstiné, et fermer ses oreilles à l'instar du serpent lorsqu'on veut l'enchanter. Il doit aussi chasser loin de lui tout orgueil, toute présomption ; car il est écrit, comme le dit Salomon, que là où est l'humilité, là se trouve la sagesse. Prov. xi, 2. Et qu'il se souvienne que pour celui qui désire cette lumière, c'est une très-vaine raison de dire : « Mon père et mon aïeul furent Maures ou Juifs, tel je veux être. » En effet, si c'était là le fondement de la vérité, toutes les sectes et les hérésies qui sont dans le monde se trouveraient vraies, et chacun de ceux qui les suivent pourrait tenir le même langage. Ce qui est impossible, car ces sectes sont en contradiction les unes avec les autres, et deux choses contraires ne peuvent pas être vraies. Celui qui aime la vérité doit aussi se défendre de cette sentence si perverse de l'Alcoran des Maures , dans laquelle il leur est prescrit de ne

pas défendre leur loi par la raison, mais par les armes ; ce qui rend l'homme semblable à la bête féroce, qui n'agit que par la force, et le dépouille du plus riche présent que Dieu lui ait fait : la lumière de la raison, qui n'est autre chose qu'un rayon de la divine lumière qui s'égara dans nos âmes pour conduire et ordonner notre vie. Ps. iv, 7.

Et puisque tout le sujet que nous traitons se résume à reconnaître notre Sauveur pour le véritable Messie promis dans la loi, jetons les yeux sur les œuvres signalées que, selon le témoignage des prophètes, ce Seigneur devait accomplir dans le monde en y venant, et nous l'y reconnaîtrons. Car ces œuvres étaient réservées de telle sorte à son arrivée et à sa personne, qu'aucun ne pouvait y prétendre. Or nous en voyons clairement l'accomplissement. En effet, et tout d'abord, ses disciples et sa doctrine chassèrent ce fléau général de l'idolâtrie qui, à l'exception du coin de la Judée, régnait sur tout le monde connu. Nous voyons que par elle les adorateurs des faux dieux arrivèrent à la connaissance du vrai Dieu, qui était le Dieu d'Israël. Nous voyons que les disciples du Sauveur sortirent de Jérusalem, Isa. n, 3; qu'ils se chargèrent de cette glorieuse entreprise, et qu'après de nombreuses batailles et beaucoup de saiig vaillamment répandu, ils finirent par triompher. Nous voyons se lever du milieu de cette masse abominable et corrompue de la gentilité, plongée dans le sein de tous les vices, un nombre infini de saints, de pieux pontifes, de confesseurs, de vertueux moines, de congrégations de chastes vierges, et, bien plus, d'innombrables martyrs qui moururent pour cette foi qu'ils avaient combattue, et pour lesquels s'accomplirent ces prophéties d'Isaïe, où il est dit que les dragons et les bêtes féroces loueraient Dieu, et que les lieux incultes et les terres stériles se changeraient en jardins fleuris et les plaines arides en ruisseaux et en fontaines, et que dans les cavernes habitées naguère par les dragons -naîtraient des cannaies et des joncs, et qu'il y aurait là des chemins conduisant à la vertu. Isa. xi, G; lxv, 25. Nous voyons, de plus, comment l'empire romain, maître du monde, se soumit au Christ sous l'empereur Constantin et tous ses successeurs. Nous voyons, ce que personne ne peut

Page 1