CHAPITRE IV
Réponses à certaines objections sur ce qui a été dit.
Après avoir établi comment tous les signes que les prophètes nous ont donnés pour reconnaître le Messie se rencontrent dans la personne de notre Sauveur, il nous restait, pour conclure cette matière, à répondre aux points principaux auxquels se heurta la partie du peuple qui ne voulait pas le recevoir. C'est ce que nous avons fait dans l'Introduction du Symbole, en onze dialogues, où nous nous sommes proposé d'instruire un catéchumène nouvellement converti à notre foi, en lui expliquant simplement les principaux articles de cette foi, et nous y renvoyons celui qui désirerait les connaître. Mais dans ce sommaire, nous donnerons une réponse générale à tous ces points, en déclarant de quelle manière notre Seigneur Dieu a commandé, au chapitre dix-huitième du Deutéronome, d'obéir et d'accorder une foi entière à tout ce que nous enseignerait le Messie lorsqu'il viendrait, sous peine de trouver en lui un vengeur de sa vérité méconnue. C'est ce qu'il dit à Moïse par ces paroles : « Je ferai surgir un Prophète du milieu de tes frères, semblable à toi; je placerai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui aurai ordonné de dire ; et je me vengerai de quiconque n'aura pas voulu entendre les paroles qu'il aura prononcées en mon nom. » Dent. xviii, 18, 19. Tous reconnaissent le Messie dans ce Prophète si bien signalé dont parle ici notre Seigneur. C'est à lui que Dieu nous commande d'obéir et d'ajouter foi pour tout ce qu'il nous enseignera. Et c'est lui qui nous a enseigné tous les articles et les mystères de la foi que nous professons et que nous devons croire, puisque Dieu nous le prescrit ; car dans ce qu'il prescrit il n'y a lieu ni au doute ni à la dispute. Cela doit suffire, pour le
moment, à l'humble et vrai chrétien qui se conduit par la foi et
la parole de Dieu.
Réponse à ceux qui s'offensent de la pauvreté et de l'humilité du Sauveur.
Avec tout cela, j'ai jugé devoir répondre à quelques points importants qui font obstacle à ceux qui n'ont pas reçu ce Seigneur. et parmi lesquels points il en est un qui consiste à s'offenser de la pauvreté et de l'humilité où il vécut. Ils espéraient en effet un Roi-Messie temporel, plus riche que Salomon, plus grand guerrier qu'Alexandre le Grand et que Jules- César. A cela il suffit de répondre avec la prophétie de Zacharie, qui nous apprend clairement que ce Seigneur devait être pauvre, et en cette qualité faire son entrée à Jérusalem non sur char triomphal ni à cheval, nais sur une modeste ànesse avec son ànon. Zach. ix, 0. [sale prophétisa la même chose dans le chapitre cinquante-troisième, qui traite en entier de la .passion sacrée, là où il dit qu'il vit le Seigneur défiguré et pareil à un lépreux ; et qu'il désira le voir le plus méprisé des hommes, l'homme des douleurs, plein de ristesse et succombant sous le faix, et qu'à cause de cela il ne fut pas reconnu et jugé pour ce qu'il était, comme cela arrive de la part de ceux qui persévèrent encore dans leur incrédulité.
Cela seul suffirait à détromper ceux qui attendent autre chose oncore. Mais nous exposons l'opportunité et la raison de cette 'îumilité et de cette pauvreté dans la partie précédente, au chapitre quinzième, paragraphe unique, où nous renvoyons le lecteur prudent, désireux de connaître la vérité.
J'ajouterai ici à ce qui a été dit, que les vrais biens ne consistent pas dans les richesses, puisqu'elles ne rendent pas leurt maîtres meilleurs, et qu'elles sont choses indifférentes pour le jien et le mal. Mais de ce que notre nature, généralement parlant, est plus inclinée au mal qu'au bien, par suite de la corruption du péché originel, il résulte que les hommes s'en servent plutôt pour le mal que pour le bien, surtout lorsqu'elles tombent entre les mains d'hommes vains ou qui ont de mauvais penchants ; c'est comme si l'on donnait des armes à un furieux ou de