‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 255 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION IV, CHAPITRE IV. 42o · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION IV, CHAPITRE IV. 42o

tous les autres, fùt-il plus pauvre que Job, plus malade et couvert de plaies que le misérable Lazare, Luc. xvi, 11, pourrait s'appeler franchement bon, tandis que celui qui serait comblé de tous les autres biens, plus riche que Salomon et que tous les rois perses, plus triomphant que tous les empereurs romains, s'il lui manquait la vertu, ne pourrait se dire meilleur que le grand turc ou le sophi.

Partant de cette vérité et de la certitude que le Messie fut tant de fois promis par tous les temps et tous les prophètes, Ps. xlvi, xcv, xcvi, xcvii; Isa. xlix, avec tant d'enthousiasme, qu'ils donnent à la créature insensible des voix pour redire et chanter à Dieu des cantiques nouveaux pour l'étendue des biens qu'il doit nous donner par l'intermédiaire du Messie; quelle folie, quel étrange aveuglement d'espérer de lui ces biens qui ne sont dignes ni de ce nom, ni d'un tel bienfaiteur, ni de telles promesses, et qu'il donna aux empereurs gentils, idolâtres et souillés de tous les vices ! 0 démence, ô absurdité qu'il faudrait pleurer avec des larmes de sang ! Autres sont les biens, autres les seigneuries, autres les victoires que Dieu promet par son Messie tant chanté et tant célébré' dans les saintes Ecritures, où il ne promet ni les biens de la terre, mais ceux du ciel ; ni les biens du corps que nous avons en commun avec les bêtes, mais les biens de l'esprit que nous avons en commun avec les anges; ni les biens temporels qui finissent avec la vie, mais les biens éternels qui durent toujours ; ni les biens faussement appelés biens, car ils ne font pas de bien à leur possesseur, mais les vrais biens, parce qu'ils rendent l'homme véritablement bon, fils de Dieu, héritier de son royaume. Et si, par lui, il promet une seigneurie, ce n'est pas celle que possèdent les Turcs et les Maures, maîtres des hommes et esclaves de leurs vices, mais la domination d'eux-mêmes et de tous leurs appétits. S'il promet des victoires, ce ne sont pas celles qu'on remporte sur les autres hommes, mais sur soi-même, c'est-à-dire les plus difficiles et les plus glorieuses qui soient. S'il promet la liberté, ce n'est pas celle qui nous affranchit des tyrans, mais de la sujétion de nos propres vices, dont le patriarche Joseph avait su se délivrer, tout captif qu'ilétait.

Gen. xxxix. Enfin il ne promet ni une seigneurie, ni un royaume de la terre, mais un royaume du ciel. Ce sont des promesses dignes d'un Dieu si magnifique, d'un tel Messie, et de tant et tant d'antiques prophéties annoncées avec tant de pompe; car Dieu en donna d'autres dans lesquelles les aveugles ont foi ; il les donna selon son bon plaisir et sans les avoir promis, à des hommes pervers qui étaient ses ennemis. Cette réponse suffit à la première objection.

Seconde objection sur l'abrogation des sacrifices et des cérémonies de la loi; réponses qui sont faites.

Voilà un autre point qui fait obstacle aux hommes faibles, qui trouvent étrange que Dieu ait abrogé la loi qu'il avait lui-même donnée. A cela nous répondrons que le principe et l'essence de la loi, qui reposent sur la morale et comprennent les dix commandements, n'ont point cessé ni ne cesseront jamais d'exister. Il n'en est pas de môme du cérémonial et des différents sacrifices d'oiseaux ou d'animaux, et de la manière de les sacrifier, dont s'occupe la plus grande partie de la loi. En effet, c'étaient là des ligures qui représentaient le véritable sacrifice que le Christ devait offrir pour le salut du monde. I Cor. x, G, 1 J ; S. Greg., lib. XX VI II Moral., cap. xvu. Le sacrifice étant accompli, les figures qui le représentaient et le promettaient doivent cesser ; et s'obstiner, serait attester qu'il ne l'est pas encore. Dieu manifesta sa volonté en consentant à la destruction du temple de Jérusalem, où seulement pouvaient s'offrir les sacrifices. C'est ce que déclare saint Chrysostome par cet exemple : « Si un malade demandait U'ès-instamment à un médecin la permission de boire du vin, et que celui-ci la lui accordât, à la condition de ne le boire que dans un vase qu'il lui indiquerait; si, après cela, le médecin brisait le vase, ne serait-il pas clair qu'il ne voulait pas que le malade but du vin. » Contra Judxos , lib. I. De même nous disons que Dieu avait ordonné d'offrir des sacrifices, mais seule ment dans le temple de Jérusalem. Veut, xu, 5, 11, 12, 13, 14, 18, 21, 27. Or, puisqu'il a consenti à ce que ce temple fût détruit

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