‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 256 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION IV, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION IV, CHAPITRE IV

depuis que le véritable sacrifice du Christ lui a été offert, il s'en suit qu'il ne veut plus recevoir de sacrifices, le seul lieu où on pouvait les offrir ayant été détruit. Quoi de plus évident?

Cette vérité est confirmée ouvertement par le prophète Malachie avec des paroles si claires, qu'il n'y a plus aucun doute. Ecoutons : «Ma volonté n'est plus avec vous, et je ne recevrai plus d'offrandes de vos mains ; car de l'orient au couchant mon nom est jrand parmi les nations, et une victime sans tache lui est offerte en tous lieux. » Malach. i, 11. Comment notre Seigneur pouvait-il manifester plus clairement qu'il ne voulait plus des sacrifices et des offrandes de la loi antique, qu'en disant que ces sacrifices ne lui étaient plus agréables, ni même ceux qui les lui offraient?

Nous savons aussi que le Christ, notre Seigneur, outre qu'il est notre roi, est aussi notre prêtre, non pas selon l'ordre l'Aaron, mais de Melchisédech, ainsi que le Père éternel le déclare en parlant à son Fils par ces mots si remarquables : « Le 3eigneur l'a juré, et il ne se repentira pas de son serment : Tu ;eras le prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech. » Ps. cix, 4. Le nouveau sacerdoce élant établi de cette manière, l'ancien se rouve abrogé, et avec lui la loi entière qui traitait dans sa plus prande partie des prêtres d'Aaron et de leurs sacrifices. Et le même jeigneur, comprenant combien il serait difficile de faire croire que la loi et le sacerdoce qu'il avait établis devaient cesser, jura )Our mieux affirmer ce qu'il disait. Et non content de cela, il ajouta cette parole si inusitée dans la sainte Ecriture : « Et il ne se :epentira pas de son serment ; » pour mieux établir la foi de sa larole par cette double garantie. Or le sacrifice de Melchisédech n'était pas d'animaux, mais simplement de pain et de vin, Gen. xiv, 18; figure de celui que le Christ devait offrir dans la Cène avec ses disciples, auxquels il donna son corps et son sang sous es espèces du pain et du vin. Et c'est ce même sacrifice, sous les mêmes espèces, que l'Eglise offre chaque jour, et qui n'est autre que cette offrande pure et sans tache qui lui est offerte en tous lieux, d'après la prophétie de Malachie.

Mais, pour que nous puissions comprendre la portée et l'excellence de ce divin sacrifice, il faut remarquer qu'il y a plusieurs

sortes de sacrifices, les uns plus excellents que les autres. En effet, les sacrifices consistaient, dans l'ancienne loi , à immoler différents animaux, Lcv. i, 2; mais c'étaient des sacrifices si inférieurs que, si l'on ne tient aucun compte du précepte divin et de la piété de celui .qui les offrait, on verra qu'ils n'avaient par euxmêmes aucune vertu , ni aucune sainteté. Il fut plus parfait, le sacrifice dont parle David en disant : « Si vous vouliez, Seigneur, un sacrifice, je vous l'offrirais ; mais je sais que ces sacrifices ne vous sont pas agréables. Le sacrifice qu'il vous faut , c'est un esprit éprouvé, un cœur contrit et humilié. » Ps. l, 18, i9. Plus parfait encore est celui qu'indique le même Prophète : « Sacrifiez un sacrifice de justice, et espérez dans le Seigneur. » Ps. iv, 6. Il dit un sacrifice, parce que pour offrir ce sacrifice, qui est de vertu et de sainteté, il est nécessaire d'étouffer sa propre volonté et tous les instincts opposés à ce genre de sacrifice, qui ne s'accomplit pas sans douleur. Mais parmi les sacrifices de justice, il en est un plus élevé que tous les autres, qui s'opère quand l'homme souffre la mort pour sa foi à son Créateur, et plutôt que de consentir à ce qui est contraire aux lois de sa justice, Greg. in Evang. Homil. xxxv. C'est le sacrifice le plus parfait que l'homme puisse offrir à son Dieu; le plus grand hommage par lequel il le puisse honorer ; la plus grande preuve d'amour qu'il lui puisse donner. 11 n'offre plus ici le sang et la vie des animaux, mais sa propre vie et son propre sang ; il se laisse déchirer, mettre en pièces par amour pour son Dieu.

Mais au-dessus de tous ces sacrifices, et à une distance infinie, se place le sublime et très-divin sacrifice que le Fils unique de Dieu offrit sur la croix par soumission aux ordres de son Père éternel, et pour veiller à la gloire et à l'honneur de son saint nom. Et ce sacrifice dépasse d'autant tous les autres, que fut plus grand l'amour qu'il offrit, et plus élevée la personne du sacrificateur, Fils de Dieu. Quelle valeur et quel prix infini attachés à ce sacrifice! Il fut si agréable à l'immense Majesté divine, qu'elle l'accepta en réparation et en décharge de tous les péchés du monde, et de mille mondes s'ils avaient existé.

Et ce sacrifice, qui fut si agréable au Père éternel, il veut que

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