CINQUIÈME PARTIE, SECTION IV, CHAPITRE IV
chaque jour il soit offert sur les autels, sous les espèces du pain et du vin, pour en avoir toujours la bonne odeur et la saveur. Car, par la vertu des paroles de la consécration, la substance du pain se change en celle du corps de Jésus-Christ, et celle du vin en son précieux sang. Ce qui fait voir combien se trompent les infidèles qui disent que nous adorons le pain et le vin, tandis que nous n'adorons que le corps et le sang du Christ, revêtus de ces espèces.
IY.
Vertus de cet auguste sacrement, et combien cet article est digne d'être cru.
C'est la foi et notre Seigneur lui-même qui nous l'apprennent. Et bien que ce soit un article de foi au-dessus de toute raison, la raison nous apprend que rien n'est plus digne d'être cru. En effet, deux choses suffisent pour cela, à savoir que Dieu est capable d'opérer ce merveilleux changement, et qu'il a voulu le faire. Et d'abord, qui pourrait nier que Dieu n'ait point eu cette puissance? Celui qui a pu créer le monde de rien, ne pourra-t-il pas facilement changer une substance en une autre? Il est plus difficile de faire quelque chose de rien , que de changer une chose en une autre, comme il fit par le miracle des noces, en changeant l'eau en vin, Joan. u, 9. Quant à l'intention de Dieu, celui-là en doutera moins qui aura expérimenté en quelque façon les effets de ce très-saint sacrement, dont nous traitons longuement dans l'Introduction du Symbole. Mais nous nous contenterons de dire brièvement ici que la vertu et l'efficacité de ce divin sacrement, pour sanctifier les âmes de ceux qui le fréquentent dévotement, sont si grandes, que tous affirment à l'unanimité que ni les autres sacrements, ni leurs exercices spirituels, d'oraisons, de méditations, de psaumes, de chants divins ne les fortifient, ne les réjouissent, ne les enflamment d'un tel amour de Dieu, ne leur inspirent autant de bonnes dispositions et de bons désirs, ni ne les aident autant contre toutes les tentations de l'ennemi, ni ne les rendent aussi vigilants et actifs à veiller sur eux qu'ils le sont par la fréquentation de ce très-divin sacrement. D'où il pourra résulter, et ce n'est pas un argument de la moindre
importance, qu'un pieux prêtre qui sera demeuré deux heures en oraison à communiquer avec Dieu, et un peu plus d'une demiheure à dire sa messe, sortira souvent plus fortifié, plus fervent et plus consolé de cette messe que de cette oraison à laquelle il aura consacré tant de temps. Ajoutez à cela que le goût et la saveur de ce pain céleste sont tels , telle aussi l'admiration que les âmes religieuses conçoivent de la bonté et de la condescendance, de Dieu, qui veut bien consentir à demeurer en elles pour les déifier et les transformer en lui, que souvent elles en arrivent au point de souffrir l'aliénation de leurs sens par la force do l'amour et la suavité intime qu'il leur fait éprouver. C'est ce que nous lisons de beaucoup de saints , et nous savons de plus qu'i ne manque pas aujourd'hui d âmes dévotes dans lesquelles ce fait se reproduit.
Et si vous demandiez à ces âmes quels sont les bienfaits et les :Tuits qu'elles retirent de la communion, elles vous répondraient qu'elles éprouvent en elles une nouvelle et extraordinaire ardeur de l'amour divin, qui vient accompagné d'une si grande tranquillité et joie d'esprit, d une si grande paix et satisfaction intérieure, qu'alors elles ne désirent rien de plus! Et de là naît en elles une soif et une faim si dévorantes de ce pain céleste, un s; ardent désir de participer de nouveau à la joie de ce banquet si )lein de saveur, aux richesses et aux trésors spirituels qu'il communique, que personne ne pourra le comprendre s'il ne l'a éprouvé. Et quelquefois il arrive, comme dit saint Bonaventurr dans un Traité de la perfection qu'il adressait à une de ses sœurs, que la consolation et l'ivresse de l'esprit sont si grandes que , .orsqu'une de ces âmes s'approche de la communion avec une grande faiblesse de corps, elle en sort aussi fortifiée que si elle n'avait éprouvé aucune faiblesse; notre Seigneur voulant montrer par là que ce sacrement est l'aliment et le salut de tout l'homme, extérieur comme intérieur, quoique d'une manière différente.
Qu'ajouter, sinon que jusqu'aux hommes qui prennent peu de soin de leurs consciences, tous confesseront qu'il n'y a pas d'heure plus propice pour eux, au recueillement, à la componction, au