CINQUIÈME PARTIE, SECTION IV, CHAPITRE IV
repentir de leurs fautes, que celle où ils reçoivent la sainte communion? Enfin, les vertus de ce très-divin sacrement sont si efficaces, et les effets produits dans les âmes de ceux qui le reçoivent dignement sont tels, que ni le langage des hommes, ni celui des anges ne suffirait à le dévoiler.
Ainsi la seconde chose que nous avons avancée, à savoir que Dieu a voulu opérer cette merveille, se prouve par la vertu et l'efficacité de ce divin sacrement pour la sanctification de nos âmes. Nous sommes certains, en effet, de son infinie bonté ; certains que rien n'est plus propre, plus glorieux, plus naturel, ne convient davantage à cette souveraine bonté que de se communiquer à tous, c'est-à-dire de nous rendre tous bons et saints comme lui. Les choses étant ainsi, quoi de plus propre et de plus glorieux pouvons-nous attribuer à cette souveraine bonté, que d'avoir établi une institution si puissante pour rendre les hommes saints et bons? Posons un exemple : Dites-moi. que peut-on croire avec le plus de raison d'Hippocrate, sinon qu'il a écrit un excellent livre de médecine? et de Tullius, qu'il a fait un trèséloquent discours dans le sénat? Venant à notre sujet, que peuton trouver de plus conforme à la raison touchant cette infinie bonté, que d'avoir établi un sacrement si puissant pour la sanctification des âmes? Est-il rien, dans le monde, qui se puisse attribuer avec plus de gloire à une telle bonté? Est-il rien de plus élevé et de plus digne de Dieu que cela? Car il est certain que tous les bons qui sont aujourd'hui dans l'Eglise et qui y ont été depuis que l'Evangile a été annoncé, ont unanimement confessé que ce qui les a aidés à acquérir cette bonté et à supporter toutes les épreuves de la vertu, c'est la fréquentation de ce divin sacrement. Saint Luc écrit que c'est ainsi que le pratiquaient les fidèles qui avaient cru dans Jérusalem. Act. n, 4>2. Ils persévéraient chaque jour, au temple, dans la prière, et communiaient ensuite dans leurs maisons, il n'y avait pas alors d'autre église, et ils étaient si fortifiés par cela, si remplis des consolations de l'Esprit- Saint, que, d'après l'Apôtre, ils souffraient non-seulement avec patience, mais avec joie, d'être pillés et dépouillés de leurs biens. en se rappelant qu'ils avaient dans le ciel un bien meilleur et
plus durable. Ilebr. x, 34. C'est pourquoi, si nous confessons tous que c'est Dieu qui a créé les cieux et la terre, avec combien plus de raison ne pouvons-nous pas dire qu'il a prescrit ce divin sacrement, ainsi que nous l'avons déjà dit? car c'est une chose audessus de la création du monde que de justifier et de sanctifier les hommes, comme le fait cet admirable sacrement. Et pour cela il est aussi croyable qu'il l'a institué qu'il est certain que Dieu a créé le monde. Quiconque aura goûté de ce sacrement et de l'efficacité de sa vertu n'en pourra douter.
Pour augmenter la foi et la dévotion à ce sublime sacrement, notre Seigneur ne cesse jamais de donner de nouvelles preuves, de faire de nouveaux prodiges en sa faveur. On en rapporte deux éclatants miracles dans l'histoire pontificale : l'un dans une certaine, ville d'Allemagne, et l'autre dans le bourg de Fromesta, qui se continuent et se renouvellent encore. Celui des corporaux de Daroca est aussi authentique, aussi bien que celui du bourg de Santaren, qui se voit dans l'église appelée du Miracle, pour cette raison. Et de nos jours, c'est-à-dire en l'année quinze cent quatre-vingt-douze, arriva un autre miracle insigne dans la ville de Naples, où un méchant homme, qui avait fait un pacte avec le démon, après avoir reçu, à son instigation, le saint sacrement, l'enferma dans une petite boîte dorée que le démon lui-même lui avait donnée, en lui recommandant de jeter le sacrement dans un fumier. Mais lorsque l'homme ouvrit la boite, il trouva l'hostie toute semée de gouttes de sang. Comprenant qu'il y avait là un miracle, et se repentant de son crime, il alla se confesser. Le vicaire général en ayant été informé, se rendit à la maison de cet homme, accompagné de quelques personnes savantes et pieuses, et la boite ayant été ouverte, on trouva que la moitié de l'hostie s'était changée en chair, tandis que l'autre moitié était demeurée blanche avec les taches de sang qu'elle avait auparavant. On la porta ainsi à l'Eglise, et on la plaça dans un lieu réservé. Et lorsqu'on alla la visiter de nouveau, on trouva que toute l'hostie s'était changée en chair, et on fit du tout une information qui fut envoyée à Sa Sainteté. Voilà comment, et par d'autres miracles semblables, notre Seigneur veut aflermirles