‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 266 sur 383 · AUX NOUVEAUX FIDÈLES · texte numérisé non relu

AUX NOUVEAUX FIDÈLES

Quand on considère avec attention l'état actuel du monde, on y voit l'accomplissement de cette prophétie dans laquelle David annonce un temps où les terres fertiles et largement arrosées se changeraient en un désert aride, et où le désert, au contraire, serait fécondé par des sources abondantes et sillonné par de nombreux ruisseaux. Ps. cvi. C'est ce qui s'est accompli lorsque la terre de Judée, où régnaient la connaissance et le culte de Dieu, qui produisaient toute sorte de bonnes œuvres, est devenue par son incrédulité une terre stérile, un véritable désert, et que la gentilité, cette vaste et morne solitude, s'est couverte de fruits sous l'influence de la foi. Ce dernier changement a calmé la douleur manifestée par le Sauveur des hommes quand il pleura sur la ville de Jérusalem, en voyant les maux dont elle allait être accablée. Luc. xix. C'est ce dont l'Esprit-Saint nous donne une figure dans le mariage d'Isaac avec Rébecca : L'amour du patriarche pour sa femme fut tellement grand , au témoignage de l'Ecriture, qu'il le consola de la mort de sa mère. Gen. xxiv. C'est ainsi que notre véritable Isaac, Jésus-Christ, fils de la synagogue selon la chair, et qui s'était affligé de la mort spirituelle de sa mère beaucoup plus que de sa propre mort, trouva une vive consolation dans sa nouvelle épouse, l'Eglise des Gentils.

Nous voyons cette même prophétie s'accomplir encore de nos jours, puisque l'Angleterre et l'Allemagne, où coulaient naguère des fleuves de grâce et de science , ont été frappées de désolation et de stérilité par leurs hérésies; tandis que l'empire de la foi, qui s'amoindrissait de ce côté, se dilatait de l'autre vers l'Orient

et l'Occident, dans ces nouveaux mondes surtout , découverts à notre époque. Ainsi s'exerce en outre, sur les nations perverties, le châtiment dont le Seigneur menaçait les Pharisiens quand il leur disait : « Le royaume de Dieu vous sera retiré pour être donné à des peuples qui le feront fructifier. » Mat th. xxi, Ai.

Et de même que, pour la conversion des Gentils, notre Seigneur se servit des apôtres et des hommes apostoliques; de même il anime aujourd'hui d'un nouvel esprit de saints religieux, les franciscains, les augustins, les dominicains; enflammée de zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, ils affrontent les dangers de la mer et les labeurs qui les attendent dans des régions inconnues , chez des peuples barbares ; semblables à ces nuées que le prophète Isaïe voyait voler dans les airs, ils vont porter au loin les eaux de la grâce et de la doctrine, pour fertiliser des contrées jusqu'à ce jour stériles, et leur faire produire les fruits de la vie éternelle. Plusieurs ont glorifié leur mission en donnant leur sang pour la remplir.

Mais, comme la moisson est extrêmement abondante, comme les nations demandent à grands cris la lumière de l'Evangile, il fallait de nouveaux ouvriers pour satisfaire à tant de besoins. Aussi la divine providence, qui ne vous fait jamais défaut dans les choses nécessaires, a voulu susciter une nouvelle légion d'ouvriers évangéliques : aux ordres religieux déjà nommés, elle a joint les Pères de la Compagnie de Jésus. Dégagés de tout autre devoir qui pourrait les détourner de ce ministère, ils consacrent tous leurs soins et tous leurs efforts à l'unique affaire du salut des âmes, non-seulement sur un sol dès longtemps cultivé par la vraie foi, mais encore sur les terres incultes de l'hérésie et de l'infidélité; ils vont par-delà les mers jusqu'au bout du monde, et leurs travaux sont couronnés d'un tel succès, qu'ils en ont déjà déposés les premiers aux pieds du vicaire de Jésus-Christ. .Pour honorer et récompenser la constante ferveur de leur zèle, notre Seigneur a même permis que plusieurs d'entre eux aient répandu leur sang et chez les infidèles, et chez les hérétiques de no temps.

En voyant cette merveilleuse expansion du christianisme, tant

de portes ouvertes à la foi dans des pays plongés jusqu'à ce jour dans les ténèbres, j'ai désiré réclamer une petite part dans une œuvre aussi méritoire, et, soldat obscur, prendre rang parmi tant d'illustres guerriers : c'est pour cela que je place à la suite de l'ouvrage qui précède un court traité sur la manière d'enseigner et de persuader la vraie religion aux hommes qui l'ignorent. Ce n'est pas cependant sans honte et sans confusion que j'aborde un tel sujet; car en ce moment se présente à ma mémoire le triste rôle que joua, le ridicule dont se couvrit, aux yeux du grand Annibal, un philosophe qui, n'ayant jamais porté les armes, osa traiter de l'art militaire devant ce capitaine si renommé, dont le génie avait contrebalancé, durant tant d'années, la fortune de Romo. Le malencontreux discoureur fut simplement tenu pour fou. M'ai-je pas à craindre le même reproche, moi qui, sans avoir quitté ma pauvre cellule, me mêle de donner des conseils à ceux que l'expérience a formés, à qui la divine grâce a donné des leçons que ne saurait atteindre la spéculation toute seule.

Ce qui, malgré cela, me confirme dans cette pensée, c'est que, dans l'Introduction au Symbole et dans le résumé de cet ouvrage, j'ai traité des principaux mystères de la foi, qu'on doit exposer aux catéchumènes et aux infidèles ; c'est donc à moi qu'il appartient, ce semble, d'indiquer les endroits où l'on pourra puiser cet enseignement, laissant au jugement éclairé des maîtres de la parole le choix des matières qui conviennent le mieux à leur dessein, ou bien à la capacité de ceux qu'ils doivent instruire. Il ne faut donc pas qu'on s'attende à trouver ici d'autres développements ou de nouvelles preuves : tel n'est pas le but de ce petit traité ; c'est une sorte de répertoire ou d'indicateur des matières qui sont l'objet de l'enseignement. Il est donc nécessaire, pour faire usage de ce travail, que le prédicateur connaisse bien les deux précédents ouvrages, au moins le Résumé. Cet essai pourra servir encore à suggérer aux hommes versés clans le ministère apostolique la pensée d'ajouter à cet écrit les conseils pratiques qui leur auront été dictés par l'expérience et l'Esprit- Saint , le véritable maître d'une telle doctrine.

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