CHAPITRE II
ou même d'en concevoir un qui le surpasse ; qu'en lui sont toutes les grandeurs et toutes les perfections que l'entendement humain peut concevoir, et une infinité d'autres auxquelles il ne saurait s'élever. Nous confessons donc en lui une sagesse et une puissance infinies, une bonté, une beauté, une justice, une sainteté infinies, des richesses et des magnificences infinies. Or, de toutes les perfections qui lui appartiennent, celles dont il semble se glorifier davantage, dont il désire le plus être loué, ce sont sa bonté et sa sainteté. Voilà pourquoi ces esprits souverains qui au ciel se tiennent en sa présence, redisent à jamais pour proclamer ses louanges : Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu des armées; les cieux et la terre sont remplis de sa gloire, c'est-à-dire des œuvres merveilleuses de sa sagesse. Isa. vi. Et comme Dieu se glorifie spécialement de sa bonté et de sa sainteté, il a pour les bons un amour suprême , et pour les méchants , considérés comme tels, une suprême aversion. Voilà donc ce qui constitue avant tout la religion véritable, celle qui honore vraiment Dieu : une haute idée, un profond sentiment de ses grandeurs, la persuasion inébranlable qu'en lui sont au plus éminent degré toutes les perfections ensemble, sans mélange d'aucune imperfection.
La seconde chose que Dieu demande de nous, c'est que nous vivions d'une manière conforme à cette raison naturelle dont il a mis en nous le flambeau. Sans le secours d'aucun maître, elle nousJapprend ce qui est bien, ce qui est mal, et l'obligation où nous sommes d'embrasser l'un et d'abhorrer l'autre. En effet, de même que le Créateur a doué la brebis, pour citer un exemple entre mille, d'un instinct naturel qui lui fait distinguer l'herbe salutaire de l'herbe mauvaise ou vénéneuse, et l'incline à manger celle-là et à rejeter celle-ci ; il a de même établi dans nos âmes cette lumineuse distinction du bien et du mal qui doit être notre guide dans le choix des objets opposés que la vie nous présente.
A la lumière de ce flambeau, nous voyons que nous devons aimer Dieu par- dessus toutes choses, et les hommes comme nous-mêmes ; d'où il suit que ce que nous voulons ou repoussons pour nous, nous devons le vouloir et le repousser pour eux. Cette
même lumière naturelle nous montre quelles sont les funestes actions qui donnent la mort à notre àme : ainsi, voler, commettre l'adultère, calomnier, injurier, tuer, mentir, tromper, jurer en vain le nom de Dieu, ou, ce qui est pire, le blasphémer. Elle nous montre également les bonnes et salutaires actions qui sont pour notre âme une source de vie : honorer Dieu, honorer après Dieu ses ministres et ses prêtres, nos parents, ceux qui nous gouvernent, nos bienfaiteurs; secourir les pauvres, les nécessiteux, leur faire tout le bien dont nous sommes capables.
Tout cela nous est enseigné par la loi naturelle, qui n'est autre que cette lumière déposée dans nos cœurs par la main de Dieu même, pour éclairer nos pas dans les sentiers de la vie , et pour que nul homme, s'il vient à s'égarer, ne puisse alléguer son ignorance, ayant au dedans de lui le maître chargé de l'instruire. Bien que les devoirs qui nous sont révélés par cette lumière intérieure soient nombreux, on peut néanmoins les réduire à deux préceptes que nous avons énoncés plus haut : aimer Dieu pardessus toutes choses et notre prochain comme nous-mêmes.
Ce n'est pas assez : aux deux choses expliquées jusqu'ici et qui forment en réalité l'essence "de la religion, il faut en ajouter une troisième, qui sert à maintenir les deux autres : c'est la ferme croyance que Dieu tient compte des actions et de la vie des hommes, afin de rendre à chacun selon ses mérites, un juste châtiment aux méchants, une gloire éternelle aux bons. Il est souverainement bon et saint, c'est la perfection dont il se glorifie le plus, nous l'avons dit, et de là son amour suprême pour les bons, sa suprême aversion pour les méchants. Il faut donc de toute nécessité qu'il traite les uns et les autres conformément à ce qu'ils ont mérité pendant leur vie. C'est là du reste un sujet auquel nous consacrons le chapitre suivant.
De cette vérité résulte l'immortalité des âmes : impossible sans cela que les lois de la justice divine fussent exécutées ; elles seraient à chaque instant méconnues sur la terre. Ce point doctrinal se rattache à celui de la Providence, dont les regards demeurent constamment fixés sur les bons et sur les méchants : sujet dont nous avons longuement traité dans la première partie de l'Intro-