‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 277 sur 383 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

aussi le coup le plus terrible, la plus forte peine qui puisse frapper les méchants; ils ne peuvent pas ignorer que c'est Dieu, le juge incorruptible, qui doit châtier un jour leurs turpitudes, leurs violences et leurs malversations. Aussi voudraient-ils, s'il leur était possible, anéantir ce Dieu qui doit les punir, afin de pouvoir pécher sans crainte et sans remords.

Qu'il faut exclure la pluralité des dieux.

Après cela le maître doit enseigner à son disciple qu'il n'y a qu'un Dieu et qu'il est impossible d'en admettre plusieurs; c'est une vérité dont on verra les raisons déduites dans la première partie de notre Introduction au Symbole. Laissant les autres de côté pour le moment, je me contenterai d'en rappeler une : s'il y avait , par exemple , deux différents dieux , l'un devrait nécessairement avoir quelque chose qui le distingue de l'autre. Làdessus, voici l'alternative que je pose : ce caractère différentiel est une perfection ou bien une imperfection. Si c'est une imperfection, l'être dont il s'agit n'est plus Dieu, puisque l'idée toute seule de Dieu répugne à toute imperfection ; si c'est une perfection , il est impossible d'appeler Dieu celui qui ne la possède pas, puisque la souveraine perfection est l'essence même de la divinité, et qu'aucune perfection ne saurait manquer à Dieu.

Il est vrai que, s'il n'y a pas plusieurs dieux, il y a beaucoup d'anges, qui sont des esprits élevés, puissants et nobles au-delà de toute expression, formant la cour céleste, glorifiant Dieu, lui servant de ministres dans le mouvement des cieux et le gouvernement du monde; mais ces esprits sont simplement les fils adoptifs de Dieu, ils ne sont ni ne peuvent être appelés dieux : ce nom est incommunicable, il ne convient ni n'appartient qu'au Créateur ; aucune créature, quelque parfaite qu'elle soit, ne saurait le porter. Voilà précisément quelle fut l'erreur des idolâtres ; ils pensaient avoir plusieurs dieux, parce qu'ils attribuaient aux créatures le nom incommunicable du Créateur.

Cette erreur capitale eut aussi d'autres causes : l'ignorance et la grossièreté des hommes, qui ne croyaient pas qu'il y eût dans le monde autre chose que ce qui tombe sous les sens, ne remar-

quant pas que leur âme, cette substance si supérieure à la matière, n'est perçue par aucun sens corporel, comme nous l'avons dit tout à l'heure. Il advint de là que ces hommes grossiers, frappés par la beauté du soleil, de la lune et des étoiles, aussi bien que par leurs heureuses influences, leur attribuaient la divinité. D'autres, voulant flatter les rois, ou séduits par leurs qualités éminentes, en faisaient des dieux. D'autres encore, pour se consoler de la mort de leurs enfants bien-aimés, les transportaient au séjour céleste et les déifiaient : illusion étrange, consacrée par des immolations et des fêtes, dont le but était de donner le change à la douleur. Plusieurs, pleins d'amour pour eux-mêmes, déifiaient une chose quelconque dont ils tiraient quelque notable profit. C'est ainsi qu'ils décernèrent les honneurs divins à ceux qui leur enseignèrent la culture des champs, aux inventeurs de la médecine, aux animaux eux-mêmes tels que les bœufs, à raison de leur utilité. Que dirai-je encore ? Quelques-uns en vinrent à cet excès de folie, selon le témoignage des savants, que les aulx et les oignons, sans doute parce que ces légumes fournissent aux indigents un aliment facile, reçurent également les honneurs de la divinité. C'est par un juste jugement de Dieu que de telles aberrations ont été permises; il fallait que ceux qui n'ont pas voulu reconnaître le Dieu véritable, en vinssent à de semblables excès d'abaissement et de démence.

Concluons de tout cela qu'il n'y a qu'un Dieu dans le monde, de même qu'il n'y a qu'un soleil, dont l'action féconde s'étend à tous les objets corporels ; de même que dans un royaume il n'y a qu'un roi, qui, réunissant dans ses mains tous les pouvoirs, les partage avec ceux qui le secondent, à tous les degrés de la hiérarchie ; de même que dans l'homme, que nous avons déjà nommé le petit monde, il n'y a qu'une âme, cause et principe de tous les actes que l'homme accomplit ; Dieu est donc dans le grand monde ce que l'âme humaine est dans le petit. Comme cette âme, forme simple et spirituelle, produit au fond tous les actes et reçoit toutes les sensations de l'homme, puisque c'est elle qui voit par les yeux, qui entend par les oreilles, qui sent par les narines, qui goûte par le palais, qui touche au moyen du corps, qui digère par les

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