CHAPITRE VI
raison aura-t-elle le pouvoir de transformer les choses qui existent déjà et de leur donner une autre nature. Car enfin faire un être de ce qui n'était rien accuse une plus haute puissance que changer simplement une substance en une autre. » De Initiand., cap. ix. La matière de ce sacrement, c'est-à-dire le pain, nous en montre déjà les vertus et les effets; car tous les effets que la nourriture produit sur le corps, ce pain céleste les produit sur l'àme dans un sens spirituel. Il la conserve dans la pureté de la vie nouvelle, il la fait grandir et se développer, il lui donne des forces spirituelles qui la mettent en état de persévérer dans les travaux de la vertu, de résister à toutes les tentations ; il la remplit d'une merveilleuse suavité. Ce sacrement efface de plus les fautes légères et les négligences où l'on tombe chaque jour ; il conduit même quelquefois au pardon des péchés mortels, en faisant passer l'homme de l'attrition à la contrition ; propriété, du reste, que possèdent tous les sacrements de la loi de grâce.
Nécessité du sacrement des autels dans l'Eglise.
Le pain descendu du ciel était aussi nécessaire dans l'Eglise pour y conserver la vie spirituelle, que le sont, dans l'ordre temporel, les aliments dont nous usons pour réparer les forces du corps. La chaleur naturelle dont notre cœur est le foyer va consumant sans cesse la substance du corps; c'est pour cela qu'il faut l'alimenter sans cesse et réparer la déperdition qu'il éprouve par l'effet de cette chaleur. Quelque chose de semblable se perd dans notre âme : il y a là une autre chaleur qui n'a rien de matériel, mais qui n'en est pas moins dévorante; c'est l'ardeur de nos appétits et de nos convoitises. Plus elle enflamme les désirs des sens, plus elle affaiblit les saintes aspirations et la ferveur de l'esprit. De là pour nous une obligation absolue de réparer les pertes incessantes dont les appétits sensuels sont la cause. Et voilà précisément la destination essentielle de ce divin sacrement; il opère ce bien par la vertu surnaturelle qui s'y trouve renfermée, et qui n'est autre que l'auteur lui-même de la grâce
et des sacrements. Cela suffit certes pour nous bien faire voir la nécessité que nous avons de le fréquenter. S'il existe au-dedans de notre âme un continuel principe de destruction, il fallait qu'il y eût aussi un éternel principe de restauration spirituelle, pour que la vie ne vînt pas à défaillir par ce travail d'épuisement.
Nous voyons également par là avec quels sentiments de dévotion et de révérence, avec quelle pureté de cœur, l'homme doit s'approcher de ces divins mystères, puisque en les recevant, il donne l'hospitalité dans son âme à ce souverain Seigneur dont la majesté fait trembler les puissances et les principautés qui peuplent son divin royaume : il est dans ce sacrement d'une manière réelle et substantielle, ainsi que nous l'avons déjà dit.
Des autres sacrements.
Parlons d'abord du quatrième qui est le sacrement de Pénitence. La nécessité que nous avons de le recevoir ressort avec autant d'évidence de la même comparaison entre l'àme et le corps. Notre corps est naturellement sujet à beaucoup de maladies ; et pour y remédier la divine Providence nous a pourvus, dans sa tendre sollicitude, d'un nombre incalculable de remèdes, de plantes médicinales, d'eaux salutaires, qui varient comme les maladies elles-mêmes. Mais pour les infirmités de l'àme, elle nous a donné un remède universel, le sacrement dont nous parlons : en vertu des paroles de l'absolution prononcées par le prêtre, sont effacés tous les péchés, guéries toutes les maladies des âmes convenablement disposées.
Ces dispositions consistent d'abord à ressentir une profonde douleur d'avoir offensé Dieu, le meilleur de tous les pères; puis, à former le sincère propos de ne plus l'offenser à l'avenir, d'une manière au moins mortelle ; enfin, de confesser tous ses péchés avec ce double sentiment, et de plus avec l'intention d'accomplir la pénitence et de suivre les conseils qui seront donnés par le confesseur.
Le cinquième sacrement parmi ceux qui s'appliquent à tous