CHAPITRE VII
Du mystère ineffable de la sainte Trinité.
Il faut nécessairement arriver ensuite à traiter du mystère de l'Incarnation et de la Passion du Fils de Dieu ; mais, comme ce mystère suppose déjà connu celui de la très -sainte Trinité, puisque c'est la seconde personne qui s'est incarnée et qui a souffert, nous devons parler auparavant de ce dernier mystère. C'est de ce principe que le catéchiste pourra partir pour entrer au cœur de la religion, et voici comment il pourrait s'exprimer :
Je vous ai déjà dit, mon frère, dans nos précédents entretiens, que la doctrine chrétienne nous a été révélée et enseignée par Dieu même. Il vous faut maintenant savoir que cette doctrine renferme des choses qui sont à la portée de notre raison, et d'autres plus élevées auxquelles elle ne saurait atteindre, mais qui servent éminemment à la gloire de Dieu et à la sanctification de l'homme. Les premières sont celles dont nous avons parlé jusqu'ici, à savoir, qu'il existe un Dieu, unique et souverain Seigneur du monde ; qu'il mérite d'être aimé, servi et honoré pardessus tout ; que la manière la plus légitime et la plus sainte de lui rendre un tel honneur, c'est d'avoir une haute idée et un profond sentiment de ses grandeurs et de ses perfections, et de mener une vie conforme à la loi naturelle, à cette lumière qu'il a lui-même imprimée dans nos cœurs. C'est ce que reconnaîtra sans peine tout homme en qui cette lumière ne sera pas obscurcie, ou dont la raison n'aura pas été dépravée.
Or, le même Seigneur qui nous enseigne des choses aussi claires nous en a révélé/l'autres qui, par leur élévation, échappent à la portée de notre entendement ; mais celles-ci ne méritent pas moins de créance que celles-là ; car le Seigneur a voulu que la vérité nous en fût attestée par des miracles sans nombre, par la parole des prophètes, comme nous l'avons déjà dit, par le témoignage des innombrables martyrs qui, pour la confesser, ont souffert toutes sortes de supplices et l'ont signée de leur sang; puis aussi, par les enseignements et les exemples de tant de docteurs et de saints, qui l'ont prêchée dans tous les siècles, et défendue par leurs savants écrits contre tous ses adversaires. Mais un témoignage bien supérieur encore, c'est celui que Dieu lui rend dans le cœur même des fidèles, en les éclairant des lumières de la foi, en les pénétrant pour elle d'un tel amour que, sans voir de miracles, sans exiger de raisons, ils sont prêts à mourir plutôt que de renoncer à ses divins enseignements. C'est là ce qui nous explique le courage inébranlable des martyrs au milieu des tortures.
Et, bien que ces choses dépassent la portée de notre raison, au lieu de projeter une ombre sur l'éclatante vérité de la religion,