‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 310 sur 383 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE 111. oU · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE 111. oU

Commençons d'abord par cette première parole : Je crois. Il y a trois manières de croire. On dit : Je crois à Dieu, je crois qu'il y a un Dieu, enfin je crois en Dieu. Croire qu'il y a un Dieu, c'est le premier degré que nous devons franchir pour nous sauver ; on est dans ces sentiments toutes les fois que l'on croit que Dieu existe,, et que ce qui est écrit de lui 'dans la sainte Ecriture est vrai. Cette foi, qu'on peut appeler historique, est commune aux hommes et aux démons, car les démons croient en Dieu de cette manière. Le second degré de notre salut est exprimé dans ces paroles : Je crois à Dieu, c'est croire que Dieu est toujours vrai, qu'il dit la vérité, qu'il est la vérité même, et dès lors c'est ajouter foi à ses promesses et à ses menaces. Cette foi est commune à tous les chrétiens, bons ou méchants, justes ou injustes. Croire en Dieu est le troisième degré du salut et celui qui nous en rapproche davantage; cette foi nous fait placer en Dieu toute notre confiance; par elle, nous l'aimons comme le souverain bien, et nous nous acheminons vers lui par la pratique des bonnes œuvres, comme vers notre dernière fin. Cette foi n'appartient qu'aux fidèles amis du bien et de la justice, qui mettent la loi de Dieu en pratique ; les théologiens l'appellent foi vivante et formée, et saint Paul nous dit d'elle « qu'elle agit par la charité, » Galat. v, 6, et « qu'elle est imputée à justice » à ceux qui la possèdent. Rom. iv, 3.

A l'aide de cette distinction nous pouvons connaître quelle est la foi qui nous justifie et qui nous sauve. Cette foi est sans contredit une vertu que Dieu répand dans nos âmes et qui nous fait connaître et tenir pour certain qu'il y a en Dieu une seule essence en trois personnes, que tout ce que contiennent les saintes Ecritures est vrai et sans mélange d'erreur, que Dieu est infaillible dans ses promesses, qu'il faut se résigner et se soumettre en toutes choses à sa volonté divine; une vertu, qui nous fait fuir le mal, pratiquer le bien, supporter nos travaux et nos peines pour le plus grand honneur et la plus grande gloire de Dieu.

Telle est la foi, si magnifiquement exaltée et louée, à chaque page des saintes Ecritures et surtout de l'ancien Testament. L'Ecclésiastique l'avait en vue quand il disait : « Dans toutes les

oeuvres écoute fidèlement ton âme, car c'est ainsi qu'on garde les commandements. Celui qui croit en Dieu, prend bien garde à ce qu'il ordonne, et celui qui se confie en lui ne sera point abattu. » Eccli. xxxu, 27, 28. Que nul ne s'avise de croire qu'une foi quelconque lui suffit, et qu'il ne puise pas dans une foi vaine et inactive une confiance présomptueuse ; la foi sans la charité et sans les œuvres , qui ne prend pas sa force dans l'obéissance aux commandements de Dieu, « une foi morte » selon le langage de l'apôtre saint Jacques, qui ne saurait nous justifier. Mais qu'on y prenne garde : pour croire en Dieu de cette manière, ni nos facultés, ni nos forces ne sont suffisantes; cette foi est une récompense et un don de Dieu, et nous devons le prier de nous la donner, de l'augmenter et de la conserver dans nos âmes. Voilà pourquoi, lorsque saint Pierre confessait la divinité du Sauveur, celui-ci lui dit : « Ni la chair, ni le sang ne te l'ont révélé , car c'est plutôt mon Père qui est dans les cieux. » Matth. xvi, 17. Un autre jour ce même Sauveur dit aux fidèles qui le suivaient : « C'est ici l'œuvre de Dieu, afin que vous croyiez en celui qu'il a envoyé. Nul ne peut venir à moi si le Père qui m'a envoyé ne l'attire, et je le ressusciterai au dernier jour. Il est écrit dans les Prophètes que tous les hommes seront enseignés par Dieu lui-même. » Joan. vi, 29, ii, -45.

Saint Augustin, dans son livre de la Prédestination des saints, cite sur la matière qui nous occupe un grand nombre de témoignages , mais il s'étend surtout sur ce passage de l'Apôtre : « C'est par Jésus-Christ que nous avons une si grande confiance en Dieu, non que nous soyons capables d'avoir de nous-mêmes aucune bonne pensée comme de nous, mais notre science vient de Dieu. » II Cor. m, 4, 5. Après avoir cité ces paroles, il ajoute: « Qu'ils remarquent bien cet endroit et qu'ils pèsent ces paroles ceux qui croient avoir en eux le principe de la foi, et qui pensent que Dieu ne fait que compléter en nous notre propre travail. » L'homme avant de croire ne doit-il pas penser ? Et qui s'aviserait de croire jamais quelque chose s'il n'avait d'abord la pensée de ce qu'il doit croire ? Or, si dans la religion chrétienne dont parle l'Apôtre, nous nous regardons, comme incapables d'avoir par

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