LIVRE PREMIER, CHAPITRE III
nous-mêmes aucune pensée de ce que nous devons croire, puisqu'il est vrai que la pensée précède toujours la croyance, comment pourrons-nous croire ce que nous ne pouvons pas d'abord penser? Yoici la profession de foi du christianisme à ce sujet : « L'homme, par ses propres forces, n'est pas capable de s'élever à la foi, la foi étant un don de Dieu et une de ses récompenses. »
Mais on dira peut-être : S'il en est ainsi, pourquoi aller entendre la parole sainte ? Les prédicateurs se consument en vain à la faire retentir à nos oreilles. Ah! loin de nous la pensée d'exclure les moyens institués par notre Seigneur pour répandre dans les cœurs le don divin de la foi ; nous avons déjà reconnu comme nécessaire à la foi le libre consentement de notre volonté. C'est en écoutant la parole de Dieu que la foi s'engendre dans nos cœurs, et les prédicateurs chrétiens sont les instruments de cette apparition sainte. Néanmoins, nous confessons avec saint Augustin et avec les saintes Ecritures que notre volonté a besoin, pour entendre, se soumettre, obéir et croire, de l'intervention de Dieu, sans le secours duquel nous ne pouvons arriver à la foi. « C'est le Seigneur, est -il écrit dans les Proverbes, qui donne les yeux pour voir et les oreilles pour entendre. » Prov. xx, 42. « La grâce vous a sauvés par la foi, dit l'Apôtre, et cela ne vient pas de vous, car c'est un don de Dieu; cela ne vient pas de vos œuvres afin que personne ne se glorifie. » Ephes. n, 8, 9. Aussi, saint Augustin peut-il s'écrier : « C'est en vain que la langue du prédicateur s'agite, si le Seigneur n'édifie lui-même dans nos âmes par sa grâce. » Il est nécessaire d'entendre la parole de Dieu sur plus d'un point, il est utile de s'en tenir aux instructions du prédicateur, il est indispensable que notre volonté s'applique à cette parole sainte ; mais malgré tout, le don de la foi c'est à Dieu que nous devons l'attribuer. C'est donc en Dieu seulement que nous devons nous glorifier, et non point en nos propres forces ou en celles de l'orateur sacré. Nous sommes entrés dans assez de détails sur cette première parole : Je crois.
Etudions maintenant la signification et la raison de ce mot Dieu. Quel est le véritable Dieu, nous l'avons déjà vu. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont trois personnes distinctes, mais
elles ne sont qu'un seul et même Dieu, un être, une essence. Combien toutefois qui ne comprennent pas toute l'importance du nom de Dieu ! Entrons, en faveur de ces esprits peu éclairés, dans quelques explications. Les Grecs font dériver le mot de Thcos (0soç) qui veut dire crainte, parce que Dieu est craint et redouté de tous : peut-être le mot Dieu vient -il d'une autre parole grecque Deos (Aeoç), où le tii est devenu d, ce qui veut dire qui voit ou qui observe d'un endroit élevé ou d'un port de secours, pour nous donner à entendre que Dieu voit tout, qu'il est présent partout et qu'il est prompt à soutenir les siens. Les Allemands l'appellent Goth, formé de Guth qui veut dire bon, parce que Dieu seul est bon par essence, ainsi qu'il le dit lui-même.
Remarquons d'ailleurs que nous employons le nom de Dieu de trois manières différentes : tantôt nous nous en servons dans son sens propre, tantôt nous lui donnons un sens figuré, d'autres fois enfin, nous l'employons selon la fausse opinion des Gentils. Nous usons du mot Dieu dans son sens propre, quand nous lui faisons signifier le vrai Dieu, un dans sa trinité. C'est par similitude et par communication que nous l'employons quelquefois pour désigner les attributs des princes et des monarques, des hommes saints et puissants : « Je l'ai dit, s'écriait David, vous êtes des dieux et les fils du Très-Haut. » Ps. lxxxi, (i. Dans d'autres passages des Ecritures et pour les mêmes raisons, les gouverneurs sont appelés des dieux. Observons encore que nous pouvons, en parlant du vrai Dieu, l'envisager sous deux aspects particuliers, selon que nous le considérons en lui-même et dans son essence, ou dans- ses œuvres et ses effets. Considéré en lui-même, Dieu est au-dessus de tous les noms ; il n'y a pas de parole capable de nous le représenter, de nous le faire connaître, ni de le définir. « Pourquoi demandes-tu mon nom, » dit le Seigneur au patriarche Jacob, j'ai un nom merveilleux. Gcn. xxxu, 29. « Je suis celui qui suis, dit encore le même Seigneur : tu diras aux enfants d'Israël : Celui qui est m'a envoyé vers vous. » Exùd. ni, 14. Si nous considérons au contraire les œuvres par lesquelles Dieu se manifeste à nous et qu'il nous donne dans sa boulé, nous pouvons désigner Dieu d'une foule de manières, ainsi que nous le