CHAPITRE IV
Du premier article de notre sainte foi.
Le premier article du Symbole de notre sainte foi est celui-ci : « Je crois en Dieu le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre. » Dans ces paroles est renfermé l'abrégé de tout ce que nous sommes obligés de croire et de savoir sur la première personne du mystère adorable de la très-sainte Trinité; cette première personne porte le nom de Père, elle est toute-puissante, c'est elle qui a -créé le ciel et la terre. On l'appelle Père, parce que par nature elle est Père de notre Seigneur Jésus-Christ, de même que par la création il est Père de toutes les créatures et de tous les fidèles par la grâce. « Dieu, dit saint Jean, a donné à tous ceux qui croient en son nom, le droit d'être faits enfants de Dieu, en vertu de leur foi. » Joan. i, 12.
Si 2 TRAITÉ DE LA DOCTRINE CHRÉTIENNE.
Par voie d'entendement, le Père engendre éternellement le Christ Jésus, son fils naturel ; il l'engendre par lui-même, de sa propre substance, sans autre auxiliaire et sans autre secours ; il l'engendre de sa propre substance qu'il ne se contente pas de lui communiquer en partie, mais qu'il lui donne tout entière. Cependant cette génération ne fait pas un autre Dieu ; encore que les personnes soient distinctes, elles ne sont pas deux dieux ; le Père n'existait pas avant le Fils ; il ne saurait se comprendre sans lui; de même qu'ils n'ont l'un et l'autre qu'une même essence et une même divinité, ils n'ont aussi qu'une même éternité.
Quant aux fidèles, issus naturellement du sang corrompu du premier Adam, le Père éternel les engendre de nouveau, non plus de sa propre substance, comme son Fils unique, mais plutôt par une semence toute spirituelle qui est la parole de sa vérité, par son Fils naturel lui-même, la parole de Dieu éternelle et véritable, par l'Evangile, par les sacrements, au moyen de la foi vive et de la vertu du Saint-Esprit, ainsi que le déclarent les saints apôtres saint Pierre, saint Paul et saint Jean; et en agissant ainsi Dieu avait moins d'égard aux mérites des fidèles qu'à sa grande miséricorde et à ses desseins éternels.
« Béni soit le Dieu et le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, s'écrie l'Apôtre, qui selon la grandeur de sa miséricorde, nous a régénérés dans la vive espérance de l'héritage des cieux. » I Pelr. i, 3, 4. Mais, en nous régénérant ainsi Dieu ne l'a pas fait dans sa propre substance ; il nous a rendus seulement participants de sa nature, il nous a associés à son immortalité, à sa clarté et à sa gloire ; il nous a donné la vie éternelle pour héritage et nous a appelés à jouir d'elle, comme lui-même, à des degrés divers, sans doute, mais sans créer pour nous une autre sorte de gloire.
Encore que la première manière d'engendrer soit propre à la première personne de la sainte Trinité, à laquelle nous donnons par excellence le nom de Père; cette seconde paternité spirituelle est commune aux trois personnes, et convient au Fils et au Saint- Esprit aussi bien qu'au Père. Le prophète Isaïe parlant de la personne du Fils, l'appelle « le Père du siècle futur, » Isa. ix, G, et l'Eglise, animée du même esprit que le prophète, donne à la troi-