‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 314 sur 383 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE IV

sième personne, c'est-à-dire à l'Esprit-Saint, le nom de Père des pauvres.

Mais afin de nous bien faire voir combien, en tant que Père, Dieu est plus excellent que tous ceux auxquels nous donnons ce nom sur la terre, on a ajouté dans le Symbole au nom de père, la qualité de tout-puissant. Beaucoup ici-bas peuvent porter le nom de père, mais nul ne peut s'appeler en toute vérité Père tout-puissant. Dieu seul est tout-puissant dans sa paternité. Sa puissance est égale à sa volonté ; il n'a eu qu'à vouloir et le ciel et la terre ont été créés, et tout ce qui existe dans le ciel et sur la terre a été fait. Ces prodiges paraissent impossibles aux hommes et dépassent toutes les facultés de la raison humaine ; mais qu'estce qui peut être impossible à Dieu? Comparées à sa puissance, toutes les forces de la terre, de l'enfer et du ciel réunies, ne sont pas plus qu'un grain de sable en face de la terre entière et de l'immense étendue des cieux, qu'une goutte imperceptible de rosée en présence de toutes les eaux qui sont déjà tombées ou qui tomberont encore sur la terre, et de toutes celles que roulent les ruisseaux et les fleuves et que le grand océan renferme.

Cette pensée de la toute-puissance de Dieu nous aide merveilleusement à triompher de toute la difficulté que la raison humaine nous propose touchant les points difficiles de notre foi et nous attache avec force à toutes nos croyances. Quelque embûche que le démon nous dresse, quelque piège qu'il nous tende par lui-même ou par ses ministres, les infidèles, les Juifs, les Gentils et les hérétiques, nous pouvons triompher de tous en nous disant à nous-mêmes « rien n'est impossible à Dieu, » ainsi que le dit l'ange à la sainte Yierge notre souveraine, Luc. i, 37; ou bien en disant avec le prophète David : « Tout ce que Dieu a voulu, il l'a fait dans le ciel, sur la terre et dans les enfers. » Ps. cxxxiv, A. Encore que la puissance soit attribuée au Père, elle convient également au Fils et au Saint-Esprit, parce que ces trois personnes ont une même vertu et une même essence.

Mais en quoi Dieu manifeste-t-il sa toute-puissance? Il l'a fait éclater d'abord dans la création du ciel et de la terre, en faisant passer du néant à l'être tout ce qui existe par sa seule volonté. Il a tom. xvr. 33

d'abord fait les corps célestes avec tout leur ornement : le soleil, la lune, les étoiles avec leurs influences et leurs opérations; il a créé un ciel plus haut et plus excellent, appelé Empirée, où est dressé le trône de la majesté divine, où les bienheureux se réjouissent de sa claire vue , et que nous appelons ordinairement le paradis et la gloire. Ce ciel, il l'a rempli d'esprits angéliques qui se divisent en trois hiérarchies et en neuf chœurs ravissants et glorieux. Il a enfin créé ce monde, il l'a couvert de beauté, il y a placé une grande variété de créatures, toutes excellentes, car, comme nous le dit l'Ecriture : « Dieu vit toutes ses œuvres et elles étaient parfaites. » Gen. i, 31. Mais de même que le pouvoir et la toute-puissance, communs aux trois personnes, appartiennent également au Fils et au Père, au Saint-Esprit comme au Père et au Fils, encore qu'on les attribue plus particulièrement au Père, de même l'œuvre de la création, quoique plus spécialement attribuée au Père, n'est pas moins commune aux trois personnes que l'unité d'essence et de substance. Que la création soit commune aux trois personnes, comment en douter après ces paroles dictées à David par l'Esprit-Saint : « Les cieux ont été créés par la parole du Seigneur, et toute leur puissance par un souffle de sa bouche ? » Ps. xxxu, C. Le mot Seigneur y désigne la personne du Père; par la parole du Seigneur il faut entendre la personne du Fils, et par le souffle de sa bouche, celle du Saint-Esprit, la troisième du mystère adorable de la très-sainte Trinité.

Or, comme la conservation a le même principe que la création, en reconnaissant Dieu pour créateur, nous devons le reconnaître pour le conservateur et le gouverneur de la création; nous tenons de lui la conservation comme l'existence, car sa bonté souveraine, plus aimante pour nous qu'un père ne l'est pour ses enfants, ne peut voir aucune de ses créatures périr ou tomber de défaillance, sans sa disposition et sa volonté ; sa providence veille sur chacune d'elles comme si cette créature était seule au monde, et cependant elle suffit à toutes comme elle suffit à chacune. Jésus-Christ nous enseigne clairement cette vérité, par la bouche de sesEvangélistes : « Cinq passereaux valent bien peu de chose, néanmoins l'un d'eux ne tombera pas entre les mains du chasseur,

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