‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 315 sur 383 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE IV

sans une volonté particulière de Dieu, qui sacrifie plutôt celui-là et sauve les autres de préférence. Si Dieu prend de ces pauvres animaux créés pour vous servir, tant de soins, combien plus n'exercera-t-il pas sa providence envers vous? Je vous le dis en vérité, tous les cheveux de votre tête sont comptés et pas un ne tombera sans sa volonté. Vous valez plus que les passereaux et Dieu vous estime davantage; dès lors, il veillera sur vous avec plus de soin que sur ces petits animaux, et les délicatesses de sa providence seront mesurées sur la grandeur de l'estime qu'il porte à l'homme. » Le Seigneur parle encore plus explicitement dans saint Jean : « Mon Père agit toujours, dit-il, et moi aussi. » Joan. v, 17. Comme s'il disait clairement : Quoiqu'il soit écrit que Dieu cessa de créer au septième jour, ni lui, ni moi ne cessons jamais de conserver ce que nous avons créé, et nous prenons un soin jaloux de toutes choses. Voilà pourquoi David s'écriait : « Le Seigneur me gouverne, rien ne peut me manquer; le Seigneur est ma lumière et mon salut, qui pourrai-je craindre? Ps. xxvi, 1 . Et ailleurs : « Les yeux de toutes les créatures sont tournés sur vous, Seigneur, vous leur donnez leur nourriture au temps marqué ; vous ouvrez votre main libérale, et vous comblez leurs désirs par votre bénédiction. » Ps. clxiv, 16, 17.

Ces deux œuvres si merveilleuses de la création et du gouvernement des créatures, nous éclairent et nous font connaître Dieu. Sa puissance brille avec éclat dans des œuvres si belles et si excellentes, et sa bonté nous y apparaît dans le désintéressement avec lequel il a tout fait; il ne lui manquait rien, il ne pouvait donc rien désirer. 11 nous découvre et nous manifeste sa sagesse dans le gouvernement de sa providence, dans l'ordre et le concert qu'il a mis dans toutes ses œuvres, sa grande magnificence avec l'homme pour le service duquel il a créé tout ce monde visible, sa grande miséricorde, enfin par la conduite qu'il tient envers nous; nos ingratitudes ne le lassent pas ; malgré tout ce que nous pouvons faire, il n'en continue pas moins de nous donner ses bienfaits ; « il fait lever son soleil sur les bons et les méchants, et il répand sa pluie salutaire sur les justes et les injustes. » Mat th. v, 45. Tel est le premier article de notre Symbole; après

en avoir exposé le côté spéculatif, passons au côté pratique, et voyons comment en même temps qu'il éclaire l'esprit, il enflamme la volonté.

Des fruits qu'on doit retirer de ce premier article.

Quel est donc le fruit que nous pouvons retirer de cet article, et où doit nous conduire l'intelligence des vérités qu'il renferme? Le voici : De même que nous reconnaissons en Dieu, sa toutepuissance, sa bonté, sa sagesse, sa magnificence et sa miséricorde, chacun de ces attributs a un degré infini; de même nous lui devons la crainte et l'obéissance, l'amour et la confiance, que mérite un tel Père et un si grand Seigneur.

Et pour commencer par la confiance, cet article nous fait un devoir de recourir à Dieu clans tous nos travaux, dans nos peines, dans nos ennuis. Nous devons aller à lui comme des enfants iraient à un père qu'ils savent tout-puissant, infiniment bon, sage et miséricordieux, persuadés que Dieu est notre Père, qui nous a tirés du néant, et nous a fait passer du néant à l'être, et que, puisqu'il est tout-puissant et infiniment bon, il peut et il veut venir à notre aide en tout temps, toutes les fois qu'ayant besoin de son secours, nous le lui demanderons. Mais si sa toute-puissance ne nous laisse aucun doute sur son pouvoir, si sa bonté et l'amour qu'il nous porte ne nous permettent pas de douter de sa volonté, son infinie libéralité nous assure que nous serons toujours assistés par sa puissance, dans la mesure de nos besoins et au temps convenable, tant pour l'âme que pour le corps. Soutenus par cette assistance divine, nos cœurs n'ont rien à craindre, nous sommes forts et nous pouvons résister à toutes les embûches de Satan, de la chair et du monde. Quand Dieu est pour nous, qui donc peut être contre nous ? Ecrions-nous avec le prophète David : « Quand je marcherais, Seigneur, au milieu des ombres de la mort, je serais sans crainte parce que vous êtes avec moi. » Ps. xxn, -4. « Quand des armées camperaient autour de moi, mon cœur n'en serait pas épouvanté, parce qu'au milieu de tous mes combats j'espérerais dans le Seigneur tout-puissant et infiniment bon. Au

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