‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 316 sur 383 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE IV

jour de mes plus grands travaux, il m'a retiré dans sa tente, et il m'a reçu dans le secret de son tabernacle. Il m'a établi sur un roc et il a élevé ma tête au-dessus de mes ennemis. » Ps. xxvi, 5, 10. De cette foi sincère qui nous fait regarder le Seigneur comme notre Père universel par le bienfait de la création, comme un père qui nous aime plus qu'aucun homme sur la terre ne peut aimer ses enfants, et qui joint à son amour et à sa toute-puissance une bonté infinie, de cette foi, dis-je, naissent dans nos cœurs une entière confiance et un repos absolu.

Mais cette même foi doit produire dans nos âmes un fruit non moins important. Si Dieu est notre Père à tant de titres, nous devons nous unir à lui par un amour affectueux, par une obéissance filiale et joyeuse, par une résignation absolue de notre volonté dans la sienne. De plus, si nous tenons de lui tous les biens du corps et de l'âme, reconnaissons que nous sommes tous ses obligés et ses débiteurs; rendons-lui toutes les actions de grâces dont nous sommes capables, et unissons-nous toutes les créatures dans les louanges que nous rendrons à ce Père et à ce Seigneur. Nous devons donc être prêts à tout perdre, et à tout sacrifier, plutôt que de violer le moins important des commandements de ce Seigneur et Père ; il n'y a rien d'infime et de peu d'importance dans les préceptes d'un Seigneur si puissant. Faisons-lui donc l'hommage de notre entendement et de notre volonté; allons à lui avec humilité et confiance; soumettons-nous sans vaine curiosité à tout ce que l'Eglise catholique romaine nous propose ; croyons que ce Seigneur est vrai dans toutes ses paroles, saint dans toutes ses œuvres, merveilleux dans tous ses jugements. Prenons bien garde aussi de profiter de ses bienfaits et faisons-en l'usage qu'il désire ; que la foi en sa providence divine nous fasse espérer en lui plus qu'en aucune créature, plus même qu'en nos propres ressources, selon cette parole de David : « Le Seigneur n'abandonne pas ses saints, c'est-à-dire ses élus ; loin de là, il les conservera et il les gardera à jamais. » Ps. xxxvi, 28.

Dès lors il n'est pas difficile de reconnaître le troisième fruit de cette même foi; elle laisse aux âmes des justes une espérance inébranlable et une consolation perpétuelle. Cette espérance, qui est

une vertu, deviendrait présomption et erreur chez une âme sans foi, dépourvue de justice et de bonnes œuvres. Les méchants paraissent être quelquefois favorisés de Dieu et nager au sein de la prospérité ; mais n'oublions pas, selon la parole de l'Apôlre, que ce n'est point à eux, mais « aux justes, que sont faites les promesses de la vie présente et de la vie future. » I Tim. îv, 8. Et c'est des justes seulement que David disait : « Bienheureux ceux qui espèrent dans le Seigneur. » Ps. xxxm, 8.

De ceux qui pèchent contre le premier article du Symbole.

Afin de mieux entendre ce premier article de notre foi , il sera bon de savoir comment on pèche contre lui, et de nous exciter ainsi, soit par la vue de ceux qui l'observent, soit par celle de ceux qui le transgressent, à le garder plus parfaitement et à le mettre exactement en pratique. On pèche donc contre cet article quand on croit qu'il y a plusieurs dieux, quand on nie la divine Providence, et que, pour ne pas attribuer à Dieu le gouvernement des choses d'ici-bas, on la rapporte au hasard et à la fortune. Les augures, les sorciers et les superstitieux de toute nature qui, méconnaissant la providence de Dieu et sa volonté sainte, croient arriver par des moyens défendus à connaître ses desseins et pénétrer ses secrets, pèchent aussi contre ce premier point de foi. Ils pèchent encore aussi gravement, ceux qui se désespèrent à la pensée des rigueurs de la justice divine et de l'énormité de leurs péchés , ou qui succombent sous le poids et les désastres de la mauvaise fortune. Tous ces péchés ont leur foudement dans un défaut de foi, et ceux-là les commettent surtout qui ne connaissent pas assez la puissance, la science, la miséricorde du Seigneur et son infinie bonté.

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