‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 317 sur 383 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Du second article de notre foi et du mystère de la très-sainte

Trinité.

Le second article du Symbole est celui-ci : «Je crois en Jésus- Christ, le Fils unique de Dieu, notre Sauveur; avec cet article commence la seconde partie du Credo. Nous y confessons qu'encore que Dieu soit un dans sa substance et dans son être, il est formé de trois personnes distinctes, comme si nous disions : Il n'y a qu'une nature divine ; dans cette nature il n'y a qu'un être, qu'une puissance , qu'un amour et qu'une volonté ; mais il y a trois personnes : ces trois personnes ne sont pas trois dieux, mais un seul Dieu ; car dans la Trinité, il n'y a qu'un être, qu'une volonté et qu'une puissance ; tandis que, pour qu'il y eût trois dieux, il devrait y avoir trois êtres, trois substances, trois puissances, trois volontés. Dans ce cas il y aurait trois dieux, comme il y a trois hommes quand ces conditions sont remplies. Mais dans la sainte Trinité rien de tout cela n'a et ne peut avoir lieu ; c'est pourquoi il n'y a qu'un seul Dieu quoiqu'il y ait trois personnes. Ces trois personnes sont égales, et s'il y a entre elles quelque différence, c'est que l'une engendre l'autre de toute éternité, et n'a jamais été engendrée elle-même, et cette personne s'appelle le Père ; que l'autre porte le nom de Fils parce qu'elle a été engendrée d'une manière excellente, ineffable, au-dessus de la compréhension de notre entendement, que la troisième enfin, qui est l'Esprit-Saint, procède à la fois du Père et du Fils. On consacre, dans le Symbole, un article particulier à cette troisième personne, et ainsi s'achève la confession entière du mystère de la très-sainte Trinité. C'est là tout ce que le chrétien peut savoir sur ce mystère ; le reste lui sera toujours caché, et, fermant les ailes de son entendement, il doit s'abîmer dans l'adoration et le respect de ce qu'il ne peut comprendre, sans s'exercer à de vaines et trop curieuses spéculations.

Et pour ne parler maintenant que de la seconde personne, qui

est le Fils, et à laquelle ce second article est consacré, nous confessons que le Père éternel engendre de toute éternité un Fils éternel comme lui, égal à son Père, engendré de sa substance par voie d'entendement ; que le Père, en se connaissant et en s'entendant parfaitement, produit cette vive image de lui-même, qui étant issue de son infinie perfection, est, comme lui, infiniment parfaite ; que cette image est le Fils de Dieu éternel et unique, à la différence des fils adoptifs, qui sont aussi nombreux qu'il y a d'âmes justes. Jésus-Christ est ce Fils naturel de Dieu; il lui est consubstantiel et égal ; il est éternel comme le Père « dont il est la splendeur, et qui soutient et dirige toute chose par l'efficacité de sa parole. » Hebr. i, 3. « Le Père l'a fait héritier de toutes choses ; c'est pour lui qu'il a créé le monde, et c'est en lui qu'il trouve ses plus chères délices. » Epist . passi7n. Ce Fils de Dieu, on l'appelle encore le Yerbe ou la parole du Père ; il est quelquefois nommé son image, et chacun de ces titres nous apprend quelque chose de sa divine génération. Il s'appelle le Fils, et par là nous devons entendre qu'il est de même nature que son Père et Dieu comme lui. Il s'appelle le Verbe, et ceci nous apprend que sa génération, pour être substantielle, n'est pas matérielle, mais spirituelle, parce qu'elle s'opère par voie d'entendement. Il est aussi nommé l'image et la figure de la substance du Père, parce qu'il est la représentation vive et véritable de tout ce qu'il y a dans cette substance, et qu'il la reproduit avec une entière perfection. De même que l'image imprimée avec un sceau sur de la cire molle offre à la vue tout ce que le sceau renferme, avec la différence que l'image vient du sceau, et noD le sceau de l'image, de même tout ce que le Père possède, le Fils le possède aussi ; seulement le Fils naît du Père, et non pas le Père du Fils.

Tel est le résumé de cet ineffable mystère. Ne nous étoimons point de ne pas le comprendre ; que de choses en effet, même dans la création extérieure et sensible, qui sont au-dessus de notre entendement? Eh quoi! les œuvres de Dieu seraient incompréhensibles, et nous nous plaindrions de ne pas comprendre Dieu lui-même? C'est la gloire de notre Dieu d'être au-dessus de la créature et de lui demeurer à jamais incompréhensible! Il est

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