LIVRE PREMIER, CHAPITRE V
grand, ineffable, immense et infini, et dépasse de beaucoup les limites de toute intelligence créée. Tel doit être le vrai Dieu, et telles sa nature et sa grandeur. Notre Dieu est entièrement conforme à celui des divines Ecritures, et nous ne cherchons pas d'un œil curieux à pénétrer les secrets de son incompréhensible nature, nous souvenant qu'il est écrit « que le scrutateur de la majesté de Dieu sera opprimé par la gloire, » Prov. xxv, 27 ; et dans un autre endroit : « Ne t'applique point à sonder ce qui est au-dessus de toi, car leurs propres opinions en ont séduit beaucoup, et l'illusion de leurs sens les a retenus dans la vanité. » Eccïi. m, 24-, 20. C'est le cas de nous écrier avec l'Apôtre, dans l'adoration et l'admiration la plus profonde : « 0 profondeurs des trésors de la sagesse et de la science de Dieu! Que ses jugements sont incompréhensibles et ses voies impénétrables! » Rom. xi, 33.
Explication du mystère de l'incarnation de notre rédempteur Jésus-Christ.
La première partie du second article du Symbole traite de la divinité de la personne du Fils. La seconde commence à parler du mystère de son humanité , et nous le reconnaissons , en disant : «Je crois en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur.» Qu'est-ce à dire? Ah! par ces paroles nous confessons que le Père céleste s'est souvenu de nous dans sa pensée éternelle, et qu'il a consenti à ce que son Fils, en se faisant homme et en devenant sur la terre le frère et le compagnon des hommes, les délivrât du joug du démon, les arrachât à ses sujétions coupables, leur obtint le pardon de leurs péchés, les réconciliât avec son Père ; il a voulu qu'il fût leur capitaine, leur seigneur et leur roi, afin que par sa puissance les hommes fussent détournés du péché et se trouvassent prçts à servir Dieu, à obéir à ses lois et à mettre tous ses commandements en pratique. Yoilà pourquoi nous appelons le Fils de Dieu, Jésus-Christ, notre Seigneur.
Jésus veut dire Sauveur, et si le Fils de Dieu porte ce nom, c'est par un dessein admirable. Le Père éternel a voulu le lui donner lui-même; un ange devient son messager auprès de saint Joseph,
et là lui explique pourquoi le Sauveur doit s'appeler ainsi : a 11 délivrera son peuple de ses péchés, » lui dit-il, Mat th. i, 21 ; il rétablira les hommes dans la grâce du Père éternel, et il leur rendra l'héritage des biens du ciel.
Le mot Christ signifie oint, et appeler ainsi le Sauveur, c'est reconnaître en lui le roi, le prophète, le prêtre. Autrefois c'était l'onction qui faisait les rois. Or le Christ est notre véritable roi, duquel l'ange a prédit « qu'il régnerait éternellement sur la maison de Jacob. » Luc. i, 32. Cet office de roi, le Christ l'exerce parfaitement chaque jour en faveur de l'Eglise chrétienne.
Le roi est la tête de tout le royaume ; en cette qualité, il doit aimer ses vassaux, les régir, les gouverner, les défendre, les traiter avec justice, les favoriser dans leurs travaux, les secourir dans leurs périls, combattre et se dévouer pour les délivrer de leurs ennemis, tout faire et tout ordonner pour leur bien, ne se lasser jamais, en un mot, avant de leur avoir fait atteindre leur fin. Telles sont les obligations, tels les devoirs d'un bon roi. Or jamais roi ne remplit ces qualités envers ses sujets comme notre Seigneur Jésus-Christ les remplit envers nous. Il nous aime véritablement, il nous dirige, il nous défend, il nous favorise et nous protège contre nos ennemis, c'est-à-dire contre le péché, le démon, l'enfer, la chair et la mort, jusqu'à mourir pour nous sur la croix, et descendre aux enfers pour délivrer les siens.
C'est pour la même raison que le Christ s'appelle aussi notre Seigneur; encore qu'il soit le Seigneur universel de toute la création, de tous les rois et de tous les monarques du monde, il est plus particulièrement celui des âmes, qu'il a rachetées de-son sang précieux, et à ce titre, ces âmes lui appartiennent davantage que l'esclave acheté à prix d'or n'appartient à son maître.
Ces trois titres conviennent au Sauveur à cause de l'humanité sacrée qu'il a prise pour nous; cette humanité du Sauveur est un des principaux articles de notre foi qui nous enseigne qu'il y a dans la personne sacrée du Fils de Dieu deux générations, l'une éternelle, l'autre temporelle ; par la première, il est engendré du Père avant tous les temps de toute éternité. Par la seconde, au contraire, il est né dans le temps d'une Mère toujours vierge. La