‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 319 sur 383 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE V

première génération dépasse toute intelligence créée; nous ne devons pas chercher à la comprendre , mais seulement la croire, la respecter et l'adorer. Mais pourquoi le Fils de Dieu, vrai Dieu comme son Père, s'est fait véritablement homme et a voulu devenir fils de l'homme , voilà ce qu'il est bon de rechercher et de savoir : il est permis de scruter ces secrets, c'est une chose louable, religieuse et utile.

La cause de ce mystère fut le péché. En désobéissant à Dieu, nos premiers parents avaient assujetti la nature humaine à la tyrannie de Satan ; une sentence de mort avait été prononcée contre elle, et cette sentence était prononcée pour l'éternité et d'une manière irrévocable; elle pesait sur tous les hommes, pour si saints et si justes qu'ils fussent ; nul ne pouvait échapper à cette condamnation, et chaque jour l'humanité s'enfonçait plus avant dans les voies de l'erreur et du mensonge. Cependant, malgré son juste courroux, le Seigneur, écoutant sa miséricorde même au milieu de sa colère, ne voulut pas perdre à jamais l'homme qu'il avait créé à son image et à sa ressemblance. Dès le commencement du monde, Dieu promit au monde de lui envoyer un secours, et il renouvela depuis cette promesse dans la suite des âges. C'est cette œuvre admirable qu'il signifiait quand il annonçait au serpent qu'un Fils naîtrait de la femme, et que ce Fils lui écraserait la tête, Gen. m, 15; quand Dieu promettait à Abraham de lui envoyer un Fils en qui seraient bénies toutes les nations de la terre, Gen. xxu, 18; quand il promettait aux hommes, par la bouche de Moïse, un Sauveur naturel, né parmi eux, Deut, xvin, 15; quand enfin il annonçait souvent dans plusieurs prophéties, sa tribu et sa race , en y disant qu'il serait de la race de David, Ps. cxxxi, 12, et qu'il aurait une mère vierge, après comme avant l'enfantement. Isa. vu, H. Lorsque le temps d'accomplir ces promesses et de faire éclater sa grande miséricorde fut arrivé, Dieu envoya son Fils aux hommes pour les racheter, afin de relever ceux qui étaient tombés, de ramener et de rechercher ceux qui étaient perdus , enfin de donner la vie à ceux qui étaient morts.

Que si quelqu'un est tenté de me demander pourquoi le Père

éternel a envoyé son Fils et non un de ses anges pour accomplir cette mission, qu'il entende une réponse aussi vaste que véritable. 11 convenait qu'il envoyât un médiateur dont l'intercession fût toute-puissante devant Dieu, et toute affectueuse auprès des hommes, et dès lors ce médiateur devait être de la nature des deux extrêmes qu'il était destiné à unir ; rien n'était plus convenable, et comme c'était Dieu et l'homme qu'il s'agissait de réconcilier, cette mission ne pouvait être remplie par un ange. Il convenait encore que ce médiateur fût en état de satisfaire à la justice de Dieu en faveur de l'homme coupable ; or, les anges étaient incapables d'offrir à Dieu la satisfaction qu'il méritait ; le péché ayant une malignité infinie, ne pouvait être expié que par une puissance infinie, puissance que les anges ne sauraient avoir, parce qu'ils sont eux-mêmes finis; de plus, le péché était l'œuvre de l'homme, et il convenait qu'il l'expiât lui-même. C'est pour toutes ces raisons que le Fils de Dieu se fit homme, afin qu'étant Dieu et homme, il donnât à toutes les souffrances qu'il endurait comme homme, la valeur des actions d'un Dieu, et qu'ainsi il rachetât nos fautes. Yoyons maintenant, dans un article trèssuccinct, comment nous pourrons profiter de ces vérités, et les sentiments qu'elles doivent nous inspirer.

Des fruits que doit produire le second article de la foi.

Ceux qui servent Dieu en toute vérité, et qui se glorifient d'appartenir à un si bon roi, se sentiront plus touchés de cette vérité que je ne saurais l'exprimer, à cause de la lâcheté avec laquelle je le sers et du peu d'ardeur que mon cœur met à lui plaire. J'essaierai cependant de pénétrer ce qui se passe dans le cœur des justes, et parlant à leur place, j'exprimerai les sentiments qu'ils peuvent ressentir.

Je ne peux réciter cet article sans faire en moi-même les mêmes considérations que j'ai faites à propos du premier article; seulement mes sentiments deviennent plus vifs à la vue de tout ce que le Seigneur a fait pour nous ; Dieu ne s'est pas, en effet,

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