‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 320 sur 383 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE V

contenté de nous créer ni de créer le monde avec toutes ses richesses pour nous y conserver ; il nous a donné tout ce qu'il lui était possible de nous donner, en nous donnant son Fils avec son pouvoir et ses richesses éternelles, non-seulement pour nous délivrer de nos maux, mais encore afin de nous enrichir de tous ses biens. Quand je considère combien Dieu, dans les dons qu'il nous a faits, dépasse tout ce que nous oserions demander et tout ce que nous pouvions croire ou imaginer, et qu'en même temps je me représente l'amour excessif de Dieu pour les hommes, et la froideur, l'ingratitude des hommes envers un si généreux bienfaiteur, et le peu de profit qu'ils retirent de ses bienfaits, une honte profonde s'empare de moi, et je suis si confus, que je voudrais me fuir moi-même pour ne pas me voir; je me prends alors à me haïr, au point que je voudrais trouver quelqu'un qui tirât vengeance de moi, et je ne sais qu'avoir du mépris pour ceux qui me conserveraient quelque estime, je me fatigue d'eux parce qu'ils ne me connaissent pas et qu'ils ne me traitent pas comme mes péchés le méritent.

Tout ce qui m'arrive d'heureux semble me condamner; je crains toujours que mes péchés ne m'attirent ces bons succès, et que le bonheur que j'éprouve ne tourne un jour à ma condamnation ; alors se présente à mon esprit ce jour redoutable du dernier jugement; cette pensée me trouble, et ma crainte, obscurcissant ma raison, je n'ose paraître et je veux me cacher : tels sont la confusion de mon cœur, le trouble de ma langue, la pâleur de mon visage qui défigurent pour ainsi dire mes traits, que le calme tarde souvent à reparaître en moi, et que je ne puis mettre fin à l'anxiété qui me poursuit. Sous ces impressions de tristesse et d'alarme, je crois n'avoir pas de langue pour répondre, et je suis tout heureux de ne pouvoir parler, car en ce jour de toute vérité, où le mensonge n'aura plus de place, je ne pourrai dire en vérité que j'ai cru cet article de ma foi, car ma vie a démenti ma croyance, et mon ingratitude n'a semblé tenir aucun compte de de ce bienfait reçu.

Mais quand je cherche un remède et un secours à mes tribulations, et quand je veux avoir mes péchés pardonnes, aussitôt la

pensée de cet article se présente à moi, et je le confesse avec un cœur nouveau. Si mes fautes sont grandes, grand est aussi le don que Dieu m'a fait de son Fils, en me le donnant comme mon remède, mon soutien, mon prêtre, mon sacrifice, mon agneau, ma sanctification, mon refuge et mon guide ; il me semble en ce moment que ce divin Sauveur, me prenant par la main, me fait monter jusqu'au Père éternel, qu'il lui répond pour moi, qu'il lui offre, pour ce qui me manque, une rédemption surabondante, et la considération de la foi que j'ai en cet article cbange mon découragement en ferme espérance, mes tristesses en joie, mon trouble en un doux repos. Ah ! si nous n'étions pas si lâches, nous ne sortirions jamais de ces réflexions saintes sans de nouvelles récompenses et sans des preuves nouvelles de l'amitié de Dieu ; nous nous sentirions plus portés à servir le Seigneur et à détester le péché et le démon.

Tels sont les fruits merveilleux que nous devons retirer de cet article, et loin de s'en étonner, les cœurs fidèles ont tout sujet d'être surpris que la considération de ces vérités et la confession de cet article n'impressionnent pas plus vivement les chrétiens, et ne leur inspirent pas une plus grande reconnaissance pour les bienfaits qu'ils reçoivent de ce Seigneur généreux, et une plus grande crainte d'en abuser, à cause du compte sévère qu'ils en devront rendre au dernier jour. *

De ceux qui pèchent contre le second article du Symbole.

Ce que nous venons de dire suffit et au-delà pour nous faire connaître quels sont ceux qui pèchent contre cet article ; de même qu'en parlant du premier article nous avons dit que ceux-là péchaient contre lui qui cherchaient hors de Dieu le remède à leurs prétentions, sans se fier à son gouvernement et à sa providence, de même ceux-là pèchent contre ce second article qui veulent arriver à Dieu autrement que par son Fils unique, ou qui se fient davantage à autre chose qu'à ce divin Seigneur, notre éternel rédempteur.

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