‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 337 sur 383 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE X

des derniers jours. Dans un autre sens, les vivants sont les justes, et les morts les pécheurs; les Avivants sont ceux de la main droite, et les morts ceux de la main gauche ; les vivants, ceux qui seront mis en possession de la gloire éternelle, et les morts, ceux qui seront condamnés aux peines de l'enfer et au trépas éternel.

La méditation de cet article peut procurer à tous une crainte salutaire, aux bons comme aux méchants. La crainte des bons sera filiale et respectueuse : ils savent en effet que si leur juge, devant lequel les astres des cieux sont impurs et tremblent, descend du ciel en grande majesté, il ne séparera pas dans son jugement sa justice de sa miséricorde, car autrement, « toutes nos justices et toutes nos vertus seraient souillées. » Isa. lxiv, 6. Alors les saints s'humilient; et loin d'estimer leurs bonnes œuvres, « ils vont jusqu'à les redouter, » Job. ix, 28, ils placent leur espérance et leur confiance dans le sang du Rédempteur, assurés qu'ils sont que celui qui les a rachetés dans sa bonté, voudra bien les juger dans sa miséricorde.

Quant aux méchants, qui ne redoutent que les peines et les tourments, ils tireront aussi un grand profit de cette considération, à moins qu'ils n'aient déjà contracté avec l'enfer un pacte criminel. Que de fois, en effet, le pécheur en voyant les tourments qui attendent le crime, encore qu'il n'aime pas Dieu pour ce qu'il est en lui-même, ni pour les récompenses temporelles et éternelles qu'il réserve à la vertu, ne se sent-il pas saisi de frayeur à la pensée des peines éternelles ? Comme il s'aime luimême, et qu'il sait que le péché lui attire ces châtiments, il commence, par une grâce touchante de la miséricorde de Dieu, à se séparer du péché, et peu à peu, ses sentiments devenant plus purs il en vient à abandonner pour Dieu les fautes qu'il avait d'abord laissées par crainte du châtiment, et à aimer le Seigneur du fond de son cœur.

Il faut donc se bien garder de condamner cette crainte servile, si avantageuse dans les commencements. « Que les impies se convertissent dans l'enfer, est-il écrit, et toutes les nations qui ont abandonné Dieu. » Ps. ix, i8. Se convertir dans l'enfer, qu'est-

ce à dire? Sans doute qu'il ne saurait s'agir ici des impies qui sont précipités dans les flammes éternelles, puisque là il n'y a pas de remède possible ; c'est des impies de la terre qu'il s'agit seulement. C'est comme s'il y avait : « Vous ne savez pas être bon par amour de Dieu, vous ne l'aimez pas parce qu'il mérite votre amour, ou pour les récompenses qu'il vous promet, craignez-le au moins à cause des peines dont il vous menace. » La miséricorde de Dieu brille ainsi de tout son éclat : elle se communique à tous ; les uns elle les attire par amour, et ce sont ceux qu'elle préfère; les autres elle les ébranle par la cruauté, et ceux-là même, elle ne les dédaigne pas.

Cependant il y a des hommes que la crainte du jugement ne trouble jamais, et qui vivent tranquilles et oublieux dans la fange de leurs vices! Ceux-là vivent comme s'ils n'avaient aucune foi en cet article. Plût à Dieu que le nombre de ces contempteurs de sa jutice fût plus restreint! Et que ce nom dont je les appelle, ne surprenne personne? Sont-ils donc autre chose, ces hommes qui, tout en confessant que Jésus-Christ doit venir en grande majesté juger le monde et donner aux bons une récompense éternelle, et une peine éternelle aux méchants, méprisent les promesses et se rient des menaces comme d'une folie dont on peut se moquer à l'aise? Oh ! combien n'y en-t-il pas qui disent dans leur cœur et même qui déclarent dans leurs paroles que le jour du jugement est encore éloigné, et que, lorsqu'il sera venu, leur sort sera déjà fixé, que la sentence prononcée par Dieu aussitôt après leur mort aura commencé de recevoir son accomplissement, elle sera irrévocable, sera sans appel au dernier jugement; qu'encore que leur destinée soit horrible et cruelle, elle sera depuis longtemps connue et arrêtée, et que le jugement universel n'y apportera aucun changement; que dès lors ce jour suprême doit inspirer moins de crainte et de terreur que la plupart des prédicateurs n'aiment à le dire. Il en est d'autres qui croient qu'on ne parle avec tant de terreur du dernier jugement que pour frapper les pécheurs et les arracher à leurs péchés. Pour eux, ils regardent ce jour suprême comme celui de la miséricorde générale et du pardon universel, estimant que l'enfer

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