‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 35 sur 383 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Seconde excellence de la religion chrétienne : elle ?ious donne une haute idée de Dieu.

Mais non-seulement la vraie foi nous vient de Dieu; un de ses caractères principaux, le principal même après celui-là, c'est la haute idée qu'elle doit avoir des grandeurs infinies de ce même Dieu. Cette vérité n'échappait pas aux philosophes païens; Galien, le prince des médecins, parlant de la structure du corps humain et des merveilles qu'il présente, remarquait que la véritable religion ne consiste pas à offrir à Dieu des parfums suaves ou des sacrifices d'animaux, mais plutôt à connaître sa sagesse si profondément manifestée dans la structure de nos corps, sa puissance dont la grandeur éclate dans la perfection et la difficulté de ses œuvres, sa bonté enfin qui donne aux créatures tout ce qui est utile à leur conservation. Le philosophe s'exprimait ici comme Dieu lui-même qui avait dit par le prophète Osée : « Je veux la miséricorde et non le sacrifice, je préfère la science de Dieu à tous les holocaustes, » Osée, vi, 7, qui sont les plus parfaits de tous les sacrifices. Or la foi catholique nous donne cette science complète de Dieu. Elle confesse que Dieu est un être si grand qu'on n'en saurait concevoir de plus grand ; elle lui attribue toutes les grandeurs et toutes les perfections dont l'intelligence des hommes ou des anges peut se faire l'idée, et elle les lui attribue toutes à un degré de perfection souverain : elle le reconnaît comme infiniment bon, infiniment sage, puissant, saint, beau, juste et miséricordieux. Elle exalte et célèbre surtout sa toute-puissance, qu'elle proclame si universelle et si grande que pour créer l'univers et tout ce qu'il renferme, une seule parole lui suffit. « Il a dit, s'écrie le Prophète, et tout a été fait; il a ordonné et tout a été créé. » Ps. cxlviii, 5. Mais ce qui dépasse toute admiration, c'est que Dieu aurait pu créer avec la même facilité mille autres mondes aussi grands, aussi beaux, aussi peuplés que celui-ci. La foi confesse encore que Dieu a tout

créé sans nécessité, qu'il gouverne toutes choses sans se lasser jamais, qu'il les conduit à leur fin sans être jamais détourné. Elle confesse que toutes les choses créées dépendent de lui, et de lui seul; que toutes sont sujettes au changement, pendant qu'il est seul immuable; que toutes sont composées, mais qu'il est seul sans composition et sans division; que toutes sont susceptibles d'acquérir, tandis qu'il ne peut y avoir en lui rien de nouveau ni rien de vieux ; que pour toutes les créations il y a le passé, le présent et l'avenir; qu'en lui il n'y a ni passé ni avenir, parce que tout est présent à ses yeux au moment de son éternité. Elle confesse que l'être, le savoir et le pouvoir, limités et finis dans tous les êtres, sont infinis en lui et ne peuvent être limités par personne. Elle confesse que tout a commencé et que tout finira, excepté celui qui n'a pas eu de commencement et qui n'aura jamais de fin, parce qu'il est lui-même le principe et la fin de tout ce qui existe. Enfin elle confesse que tout ce qui est peut cesser d'être si Dieu le veut, tandis que Dieu ne peut cesser d'être comme étant l'être même. Telle est sa grandeur, que l'ensemble magnifique de la création est devant lui comme une goutte de rosée matinale qui descend sur la terre. Sap. xi, 23. Telle sa bonté, que rien ne mérite d'être appelé bon, si on le met en comparaison avec elle; telle sa beauté, que toutes les beautés créées s'obscurcissent et s'évanouissent en sa présence ; telle sa sagesse, que toute science n'est qu'ignorance devant elle. Ce Dieu est souverainement ami des bons ; il se plait à reconnaître leurs services et les en récompense amplement ; il déteste au contraire les méchants, poursuit leurs actions d'une haine souveraine, et fait tomber sur eux le poids de sa vengeance. Pour tout dire en un mot, il est dans toutes ses perfections infini, immense, ineffable, invisible et incompréhensible à ce point que ce que peuvent penser de lui les plus purs des séraphins n'est rien en comparaison de ce qu'il est, puisqu'il est infini. N'est-ce pas ce que nous représentent les deux séraphins que le prophète lsaïe aperçut dans le temple et desquels il écrit « que leurs ailes voilaient la tête et les pieds de Dieu, » Isa. vi, 2, afin de nous donner à entendre qu'aucune créature., si élevée qu'elle soit

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