CHAPITRE XI
Du huitième article du Symbole. '
Le huitième article du Symbole est ainsi conçu : « Je crois au Saint-Esprit. » Ici commence la troisième partie du Credo; car nous avons déjà vu sa division en trois parties et la raison de cette division. Bien que les œuvres de Dieu parmi nous, avonsnous dit encore, appartiennent à une même essence, et par conséquent aux trois personnes de la sainte Trinité ; néanmoins il y a des œuvres que l'on attribue à l'une de ces personnes en particulier, et d'autres aux autres, en considération de quelque convenance particulière. Ce point étant reconnu , puisque nous avons traité dans la première partie des œuvres attribuées au Père, dans la seconde des œuvres attribuées au Fils, il nous reste dans cette troisième partie à traiter du Saint-Esprit et des œuvres qui lui sont attribuées. Cet article contient deux choses : premièrement, il nous faut croire que de la personne du Père et du Fils procède une troisième personne, laquelle possède le même être, la même essence, la même bonté, et par conséquent est véritablement Dieu. Ici se complète la confession du mystère de la trèssainte Trinité, dans laquelle nous reconnaissons des personnes distinctes et une essence unique ; un seul Dieu par conséquent, et non trois dieux : car la même essence est commune aux trois personnes, et leur appartient à chacune tout entière et non par égales parties, comme si elle était divisée en trois lots dont l'un appartiendrait à la première personne, l'autre à la seconde et l'autre à la troisième. Telle est l'égalité que nous confessons qui, d'après notre foi, tout l'être, toute la puissance, toute la science, la bonté et l'essence que possède le Père se trouvent également tout entiers dans le Fils, et que tout ce qu'il y a dans le Père et dans le Fils se trouve parfaitement dans le Saint-Esprit.
Et encore que chacune de ces trois personnes soit sainte et soit esprit, telle n'est pas la raison pour laquelle nous donnons le nom de Saint-Esprit à la troisième personne. Il lui est donné à cause
de la manière dont il procède, de même que nous donnons à la seconde personne le nom de Fils, parce qu'il est engendré. Voici encore une autre raison plus claire pour les intelligences peu cultivées : nous l'appelons de la sorte à cause de ce qu'il fait en nous, inspirant ou plutôt produisant en notre àme la vie spirituelle. C'est ainsi qu'il faut entendre la seconde partie de cet article, et croire que toutes nos vertus et toutes les œuvres qui nous rendent agréables au Seigneur ne lui agréent que par la vertu de ce divin Esprit.
Peut-être que cette doctrine paraîtra à quelques-uns contraire à celle que nous avons exposée dans la seconde partie, à savoir que toutes nos espérances et notre bien dépendent de Jésus - Christ, duquel nous reconnaissions tenir tout ce que nous possédons, et attendu ce que nous attendons. Or voilà que nous attribuons la même chose au Saint-Esprit. Je réponds à cela que l'œuvre de notre rédemption est avant tout l'œuvre de la sainte Trinité tout entière ; ce fut par un dessein et un concert des trois personnes que la seconde se fit homme pour payer les dettes de tous les hommes et satisfaire à la Trinité sainte. Dieu était dans le Christ, réconciliant le monde avec lui-même. Le Christ, vrai Dieu et vrai homme tout ensemble, souffrait en tant qu'homme; mais son humanité étant unie au Verbe au moyen de l'àme, ses œuvres devenaient d'un mérite infini et capables de satisfaire à la Trinité sainte et à nous concilier sa grâce et son amour. Mais comme cette œuvre fut confiée à la seconde personne divine, et que le Fils se fit homme et parut dans le monde, que lui seul fut offert en sacrifice et devint la cause méritoire de cette grâce et de ce pardon, il est extrêmement raisonnable et convenable que l'œuvre de la rédemption, laquelle est en général l'œuvre de la très-sainte Trinité, soit attribuée au Fils en particulier.
Mais comme la connaissance et la foi véritables de tous les mystères accomplis en ce monde par le Fils de Dieu fait homme, le souvenir de ses commandements, l'amour de sa doctrine, la puj^té de vie qu'il nous a enseignée, sont des choses que les forces humaines ne sauraient accomplir sans la grâce et la faveur divine. Cette œuvre, qui est celle de la Trinité tout entière, nous