CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE IV
d'ailleurs, ne peut entièrement connaître la nature incompréhensible et infinie de Dieu? Oh ! qu'elle est donc belle l'idée que la religion chrétienne nous donne des grandeurs de Dieu! Est-il possible de s'en faire une plus haute et plus parfaite? On a vu des philosophes contester la providence de Dieu et le soin qu'il prend des choses humaines, lui refuser ses principaux attributs, la justice, la miséricorde, la reconnaissance envers les bons, la fidélité envers ses serviteurs fidèles, et détruire enfin par là toute religion et tout culte divins. Mais que la foi catholique est différente, et comme elle entend mieux la nature et la perfection de Dieu ! Rien à ses yeux ne se dérobe à sa providence, pas même le passereau qui tombe dans le filet, selon la parole du Sauveur, Matth. x, 29, pas même les petits, des corbeaux « auxquels il donne leur nourriture » quand leurs pères les oublient.
Pureté de notre foi.
Cette excellence se rapporte entièrement à la foi. C'est à la foi qu'il appartient en effet de croire et de confesser les grandeurs et les perfections divines que nous avons rapportées, comme c'est à elle qu'il appartient de rendre à Dieu un culte particulier qu'on appelle le culte de latrie. Qu'elle soit donc vive et profonde en nous ! Mieux vaut perdre la vie que trahir en un seul point ses croyances. De même qu'un capitaine, chargé par son roi de défendre une forteresse, est obligé de mourir, si c'est nécessaire, plutôt que de trahir son roi en la livrant à l'ennemi, ainsi le chrétien est tenu de mourir avant de trahir le vrai Dieu en offrant ses adorations à une fausse divinité.
La foi chrétienne nous lie par ces obligations sacrées; mais ce qu'elle commande, elle l'a déjà magnifiquement obtenu et rempli. Jetez les yeux sur ces millions de martyrs qui se sont laissé déchirer et mettre à mort pour ne pas rendre aux idoles un honneur qui n'était dû qu'à Dieu, et vous verrez quels exemples elle met sous vos yeux ! Contre cette loi rien ne saurait prévaloir ; les droits du sang, les rapports qui unissent les pères à leurs enfants et les enfants à leurs pères, tous les liens, pour si sacrés, pour si
étroits qu'on les suppose, il faut savoir les sacrifier à l'accomplissement du premier de nos devoirs ; le zèle de l'honneur et de la gloire de Dieu doit nous faire fouler aux pieds toute obligation qui lui serait contraire.
Yoici deux lois admirables par lesquelles Dieu lui-même nous exprime la foi et le respect qui sont dus à sa divine majesté. Ecoutez la première : « Si votre frère, ou le fils de votre mère, votre fils ou votre fille, ou la femme qui repose sur votre sein, ou votre ami que vous aimez comme votre vie, veut vous faire adorer des dieux étrangers, ne vous laissez pas émouvoir jusqu'à l'épargner ou le cacher; qu'il meure bientôt sous les coups de tout le peuple ; et jetez-lui vous-même la première pierre. » Deut. xni, 6-9. Voyez-vous, par les justes sévérités de la loi, combien est redoutable la majesté d'un Dieu auquel nous devons tant de respect et d'obéissance? Mais prêtez l'oreille à la seconde des lois de Dieu ; elle n'est pas moins admirable que la première : « Si dans quelqu'une des villes que le Seigneur votre Dieu vous donnera à habiter, vous entendez dire qu'il y a des hommes qui adorent des dieux étrangers, et si, après avoir recherché la vérité avec soin, vous trouvez que ce qu'on vous a dit est certain, passez aussitôt les habitants au fil de l'épée, et détruisez tout ce qui se trouve dans cette ville, jusqu'aux animaux qui paissent dans la campagne ; ramassez au milieu des places tous les meubles qui y sont, brûlèz-les avec la ville, en sorte que cette cité demeure éternellement ensevelie sous ses ruines, et qu'elle ne soit jamais relevée. Prenez garde de ne rien retenir de ce qu'elle peut avoir, mais que toutes ses richesses soient pour vous un objet d'abomination. » lbid. 12-17. Que s'ensuit-il de cette loi ? Sans doute que nul n'avait le droit de se souiller au contact de l'or, de l'argent ou des autres richesses que cette ville impie pouvait contenir, tant étaient grandes la haine et l'horreur que devait inspirer tout ce qui avait servi d'une manière ou d'une autre à éloigner les hommes du culte de Dieu. Cette loi, comme la précédente, nous fait bien voir quelle sorte de respect est dû à la souveraine majesté de Dieu; les châtiments épouvantables infligés à celui qui la dédaigne ou l'oublie en sont un irrécusable témoignage.