CHAPITRE XV
Du dernier article du Symbole.
Le dernier article nous enseigne qu'au jour du jugement universel les bons seront appelés à posséder les biens éternels et à en jouir à jamais en corps et en âme, tandis que les méchants seront condamnés à être éternellement tourmentés également en corps et en âme.
Parmi les vérités que professe la religion chrétienne les plus capables d'exciter dans le cœur humain, la crainte et l'amour de Dieu, étant celles qui se rattachent à la récompense réservée par Dieu aux bons et aux châtiments dont il menace les méchants, je me propose de traiter ces deux points avec plus d'étendue que les précédents, et conclure ainsi cette première partie du Traité de la doctrine chrétienne.
A commencer donc par la considération de la récompense que Dieu a préparée à ses élus, après avoir supposé tout d'abord que la langue humaine est impuissante à l'expliquer et l'intelligence à la comprendre, pour vous faire une idée de ce bien infini, considérez ces cinq choses : premièrement, l'excellence du lieu et en particulier sa grandeur ; secondement, le bonheur qui résultera
de la société admirable que l'on y trouvera ; troisièmement, la claire vision de Dieu ; quatrièmement, la gloire de nos corps ; cinquièmement, la durée sans fin de ces biens ineffables.
De la beauté, des perfections et de la grandeur du séjour de la gloire.
Considérez en premier lieu la beauté de ce séjour. Saint Jean nous l'a dépeint en figure dans le livre de ses révélations de la manière suivante : « Un des sept anges me parla et me dit : Yiens et je te montrerai celle qui est l'Epouse de l'Agneau. Et il me transporta en esprit sur une montagne grande et haute et il me montra Jérusalem la cité sainte descendant du ciel et brillant de la clarté même de Dieu ; et sa lumière était semblable à l'éclat des pierres précieuses. Elle était environnée d'une grande et haute muraille ; et l'on y entrait par douze portes, et à chaque porte se tenait un ange, et les fondements de la muraille étaient formés de pierres précieuses si admirables que chaque porte était formée d'une seule pierre ; et ces portes étaient toutes ouvertes et la place de la ville était faite d'un or très-pur et transparent comme du cristal. Etje n'y vis point de temple, parce que Dieu et l'Agneau en sont le temple. Et la ville n'a besoin ni du soleil, ni de la lune, parce que la gloire de Dieu l'éclairé et que l'Agneau en est le flambeau. L'ange me montra encore un fleuve d'eau vive, claire comme le cristal, qui sortait du trône de Dieu et de l'Agneau et traversait la cité. Au milieu de la place, sur les deux rives du fleuve, s'élevait l'arbre de vie qui portait douze fruits dans l'année, un fruit chaque mois; et les feuilles de l'arbre doivent guérir les nations. Il n'y aura jamais là de malédictions; le trône de Dieu et de l'Agneau y resteront éternellement et ses serviteurs l'y serviront; et ils auront son nom écrit sur leur front et ils contempleront sa face et ils régneront dans les siècles des siècles. » Âpoc. xx, 9, ad fin., xxi, 1 et seqq. Voilà une peinture de la beauté du lieu, non pas que les choses y soient matériellement comme l'indiquent les paroles; mais ces