LIVRE PREMIER, CHAPITRE XV
choses-là sont la figure de choses spirituelles dont vous pouvez comprendre de cette manière l'excellence.
Quant au siège de cette cité il est au delà de tous les cieux et sa grandeur et son étendue dépassent toute mesure ; si la plus petite des étoiles est plus grande que la terre entière, si quelquesunes sont des milliers de fois plus grandes; si malgré leur nombre, il y a encore assez d'espace pour en contenir davantage, quelle sera la grandeur non pas de ce ciel étoile mais de celui qui embrasse tous les cieux? C'est une grandeur que ne saurait comprendre l'entendement humain.
Que si vous me demandez quels sont les merveilles de cette cité, il n'y a point de langue qui puisse les décrire; si ce qui apparaît ici-bas aux yeux des pécheurs et des mortels est si beau , que penser de ce qui est réservé aux yeux des bienheureux? Si par la main des hommes, il se fait sur la terre des œuvres si remarquables et si belles, qu'elles saisissent d'étonnement quiconque les regarde , que penser des œuvres que la main de Dieu aura faites dans cette demeure royale, dans ce sacré palais, dans cette maison qu'il a bâtie pour la gloire de ses élus. « Qu'ils sont aimables vostabernables, Seigneur, Dieu des vertus? s'écriait le Roi-Prophète; mon âme languit et soupire lorsqu'elle contemple le palais du Seigneur. » Ps. lxxxiii, 1.
Ce qui contribue principalement à la noblesse d'une cité, c'est la qualité de ses habitants; à savoir leur propre noblesse, leur nombre, l'harmonie et la concorde qui règne entre eux. Mais comment ici expliquer la noblesse de cette cité qui réunit ces trois qualités portées à la perfection. Du côté de la noblesse tous ses habitants sont gentilshommes, et ne sont pas moins que fils de Dieu par participation. Quant au nombre des habitants de cette cité, saint Jean déclare qu'il en vit une foule innombrable; ce que confirme Daniel qui nous parle de mille millions d'esprits qui servaient le Seigneur, et de dix mille millions qui étaient devant ce lieu. Apoc. vu; Dan. vu. Et ne croyez pas que le nombre soit là comme sur la terre une cause de confusion, plus la multitude est grande plus il y a d'ordre, de concert et d'harmonie. Celui qui fait régner une harmonie si merveilleuse dans
les mouvements des cieux et les révolutions des astres les appelant chacun par leur nom et connaissant leurs propriétés et leurs vertus, celui-là même a établi dans cette armée innombrable de bienheureux un ordre et un concert si admirables qu'il a donné à tous une place conforme à leurs mérites. Autre est la place réservée aux vierges, autre celle des confesseurs, autre celle des patriarches, autre celle des martyrs, autre celle des apôtres et des évangélistes. Comme les hommes, les anges sont divisés en certaines catégories : ils forment trois hiérarchies qui se répartissent en neuf chœurs. Au-dessus de tous s'élève le trône de la sérénissirne Reine des anges, laquelle n'ayant point de semblables, forme un chœur à elle seule. Au faîte des créatures siège la très-sainte humanité du Christ qui est assise à la droite de la majesté divine dans les hauteurs des cieux.
Et maintenant, âme chrétienne, parcourez tous ces chœurs, visitez ces rues et ces places, considérez l'ordre qui règne entre ses habitants, la beauté de cette cité et la noblesse de ses citoyens ; saluez-les chacun par leur titre , et demandez-leur le suffrage de leurs prières. Saluez cette douce patrie, et telle qu'un voyageur qui l'aperçoit de loin, envoyez-lui du fond du cœur cet adieu : Salut, douce patrie, terre de promission, port de sécurité, lieu de refuge, maison de bénédiction, royaume de tous les siècles, paradis de délices, jardin de fleurs éternelles, trésor de tous les biens, couronne de tous les justes et fin de tous nos désirs. Salut, ô notre mère, notre espérance, vous l'objet de nos soupirs et de nos combats ; car celui-là seul sera couronné en vous qui aura vaillamment combattu.
Que dire ensuite de la paix et de la concorde qui régnent entre ces habitants si remarquables par leur nombre et leur noblesse? Cette paix et cette concorde sont ineffables, parce que la charité, dont l'effet est de rendre toutes choses communes, y règne dans toute sa perfection. C'est là que l'on goûte le fruit de cette prière de notre Seigneur : « Je vous en prie, mon Père, qu'ils soient une même chose par la charité, comme nous le sommes par nature. » Joan. xvu. Effectivement, ils sont plus unis entre eux que les membres d'un même corps, parce qu'ils participent tous à un