‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 355 sur 383 · LIVRE PREMIER, CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER, CHAPITRE XV

dont la gloire ravit les anges et dont la grandeur fait la gloire des hommes. C'est la Reine du ciel avec les étoiles pour couronne, le soleil pour manteau, la lune pour marchepied ; c'est la femme bénie entre toutes les femmes.

Quel bonheur de voir notre Souveraine et notre Mère, non plus agenouillée devant la crèche, non plus dans l'angoisse et dans la crainte de ce que Siméon avait prophétisé, non plus cherchant en pleurs de toutes parts son enfant, mais assise, dans une ineffable paix, à la droite de son Fils et ne craignant plus de perdre ce trésor. Elle n'aura plus besoin, désormais, d'attendre le silence de la nuit pour dérober son enfant à la fureur d'Hérode et s'enfuir en Egypte; elle ne se verra plus au pied de la croix, recevant sur sa tête des gouttes de sang qui tombaient d'en haut et conservant le souvenir perpétuel de cette douleur; elle n'aura plus à souffrir la peine de triste échange qui lui donna le disciple au lieu du maître, le serviteur au lieu du seigneur; l'on n'entendra plus ces douloureuses paroles qu'elle prononçait au pied de cet arbre ensanglanté en versant des torrents de larmes. Oh! qui me donnera de mourir pour toi, Absalon, mon fils, ô mon fils Absalon! Tout cela est passé, et celle qui en ce monde s'est vue la plus affligée de toutes les créatures, se voit maintenant élevée au-dessus de toutes les créatures, jouissant à jamais du souverain bien, et disant : « J'ai trouvé celui que mon cœur aime; je le possède et ne m'en séparerai plus. » Si c'est là un si grand bonheur , que sera - ce de contempler la très - sainte humanité du Christ, la gloire et la beauté de ce corps qui, pour nous, fut traité si indignement sur la croix. Assurément, comme le dit saint Bernard, ce sera un spectacle plein de douceur pour les hommes que celui d'un homme créateur des autres hommes. Les membres d'une famille sur la terre s'estiment honorés quand un des leurs devient pape ou cardinal. Mais quel honneur pour nous sera-ce alors de voir ce Seigneur notre chef, notre sang, assis à la droite du Père, et monarque universel de la terre et des cieux. Quels transports les hommes feront retentir parmi les anges, quand ils verront que le Maître de l'univers et le Créateur de tout ce qui existe n'est point un ange, mais un homme? Si les hommes

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regardent propre l'honneur que l'on fait à leur tête à cause des rapports étroits qui les unissent à eux, que sera-ce dans le ciel, où l'union des membres et de la tête est si étroite ? C'est là un bonheur si grand, qu'aucune parole ne saurait l'exprimer. Combien heureux celui qui méritera de jouir de cette félicité ! 0 trèsdoux Seigneur, quand viendra ce jour? quand paraîtrai -je devant votre face? quand serai -je rassasié de votre beauté? quand contemplerai-je ce visage après lequel soupirent les anges?

Du bonheur que l'âme recevra de la vision claire de Dieu.

Mais que sera-ce surtout de voir la divine essence, vision qui constitue la gloire essentielle des bienheureux? Puissantes sont les causes de gloire que nous avons énumérées jusqu'ici; mais elles pâlissent toutes comparées à celle-ci. Il est écrit d'Issachar, qu'ayant vu que le repos était bon et la terre excellente, il soumit ses épaules au fardeau et consentit à payer tribut. Gen. xl, 1 4, 15. Le repos et la gloire des saints sont bien précieux, mais la terre qui les produit est bien plus excellente. C'est la divine essence de la contemplation, de laquelle dépend la gloire essentielle de tous les élus et de Dieu lui-même ; seule elle peut procurer à nos âmes une quiétude parfaite. La douceur et la suavité que procurent les créatures peuvent bien donner de la satisfaction au cœur humain, mais elles ne sauraient le rassasier. Que si tous les biens énumérés plus haut causent tant de bonheur, quelles délices procurera ce bien qui est renfermé en lui d'une manière souveraine, les perfections de tous les biens ? Et si la contemplation des créatures donne tant de charmes, que sera-ce de contempler cette divine face, cette lumière, cette beauté qui résume toutes les beautés? Que sera-ce de voir cette essence admirable si simple et si cornmunicable à la fois? Que sera-ce de voir d'un seul regard tout le mystère de la bienheureuse Trinité, la gloire et la puissance du Père, la sagesse du Fils, l'amour et la bonté du Saint-Esprit.

Là nous verrons Dieu, nous nous verrons nous-mêmes et nous verrons toutes choses en Dieu. De même, dit saint Fulgence,

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