‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 358 sur 383 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

De la seconde partie de cet article, à savoir : des peines de l'enfer.

Dans la seconde partie de ce dernier article nous prouvons que s'il y a gloire et récompense pour les bons, il y aussi peine et

châtiment pour les méchants. Or, la considération des peines et des châtiments qui attendent les damnés est à plusieurs points de vue extrêmement avantageuse.

En premier lieu, elle sert à ranimer notre courage pour embrasser les labeurs et les austérités de la pénitence. Ainsi faisait saint Jérôme, qui disait : « C'est à cause de la frayeur que m'inspirent les peines de l'enfer, que je me condamne aux épreuves de la pénitence en ce désert. »

Elle sert en second lieu, comme le dit Ricard, à triompher des tentations de l'ennemi ; dès la première apparition de la mauvaise pensée, lui opposant aussitôt ce que ces châtiments ont d'épouvantable, et étouffant la flamme du désir avant qu'elle brille au souvenir des flammes qui ne s'éteindront jamais. L'on rapporte qu'un Père du désert, qui était poursuivi par une mauvaise pensée, posa ses mains sur des charbons ardents pour voir jusqu'à quel point il pourrait y résister ; la douleur étant devenue intolérable, il rentra en lui-même et se dit : Si je suis incapable de souffrir ce peu de chaleur pendant un court espace de temps, comment pourrai-je souffrir le feu éternel? En troisième lieu cette considération sert à réveiller dans nos âmes la crainte de Dieu, laquelle est le commencement de la sagesse et de la charité, et après la charité, le frein le plus puissant pour éloigner du mal. Elle sert en quatrième lieu à inspirer la crainte du péché, vu le châtiment éternel qu'il nous attire. Aussi [est-il surprenant que des chrétiens croient et confessent ces vérités, et qu'ils osent commettre un seul péché. En ce genre de choses le monde a été témoin de deux prodiges bien extraordinaires. Le premier, c'est que le Sauveur ayant accompli tant de miracles parmi les hommes, beaucoup d'entre eux n'aient point cru en lui. Le second, c'est que les fidèles croyant ces vérités, vivent comme s'ils ne les croyaient pas. Il est, par exemple, bien surprenant que, après la résurrection de Lazare, un grand nombre des Juifs qui étaient présents aient persisté dans leur infidélité : mais il n'est pas moins surprenant que parmi les fidèles qui croient en la gloire immense réservée aux bons et aux peines éternelles réservées aux méchants, il y en ait tant qui osent offenser Dieu.

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