‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 37 sur 383 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Troisième et quatrième excellence de la foi chrétienne : elle est très-religieuse, c'est-à-dire très-soucieuse d'honorer et de glorifier Dieu par un culte digne de lui; elle est aussi toute spirituelle.

Une autre excellence de notre foi qui se rapporte étroitement à la précédente, c'est qu'elle est très-religieuse, c'est-à-dire jalouse de rendre à Dieu le culte et le respect qu'il mérite, et tout occupée à célébrer ses louanges. Il est ici très-important de se souvenir qu'après les trois vertus théologales, qui sont les plus nobles de toutes parce qu'elles ont Dieu pour objet immédiat et qu'elles se rapportent directement à lui, la vertu de religion a la première place. Or la religion est une vertu qui nous porte à rendre à Dieu un culte et un respect particuliers, en le louant, en lui rendant" grâces de ses bienfaits, en lui demandant son secours et les remèdes qui nous sont utiles dans tous nos besoins comme au seul médecin de nos âmes, en nous consacrant enfin spontanément et joyeusement à son service. C'est à la religion de louer et de glorifier Dieu, de chanter et d'exalter les perfections et les grandeurs que la foi confesse; aussi ai-je dit que cette excellence était étroitement unie à la précédente, car ce que l'une confesse l'autre le célèbre et le chante. L'Eglise chrétienne, pour entrer dans l'esprit de cette excellence, a institué l'office divin des sept Heures canoniques, où on récite les psaumes, les hymnes et d'autres prières, ainsi que les fêtes de l'année ; elle a confié le soin de vaquer à la récitation de l'office à ses ministres, aux clercs, aux religieux et aux religieuses voués et consacrés à Dieu. Mais regardant comme insuffisantes les louanges rendues à Dieu dans l'office du jour, elle a voulu qu'une partie de la nuit fût consacrée aux mêmes exercices. C'est pourquoi elle a prescrit non- seulement aux religieux, mais encore aux religieuses, malgré la faiblesse de leur sexe, de se lever pendant la nuit aux mêmes heures ; et la plupart de ces hommes et de ces femmes, afin de s'éveiller plus facilement, se couchent tout habillés sur des lits fort durs, et se trouvent

dès lors plus dispos et plus légers quand vient l'heure de chanter

les louanges divines.

L'Eglise, entre autres- prières ou lectures sacrées, a eu l'heureuse idée de mettre dans la bouche de ses ministres et de ses fidèles les Psaumes du Roi-Prophète. Pourquoi? Parce qu'en les récitant nous mettons en pratique les principaux devoirs de la religion qui consistent à louer Dieu, à chanter ses louanges, ses perfections, ses grandeurs et la magnificence de ses œuvres. Pourquoi encore ? Parce que dans ces mêmes Psaumes nous rendons grâces à Dieu pour la multitude de ses bienfaits et de ses miséricordes, et nous lui demandons de nous accorder le secours et la grâce d'observer ses commandements, ce qui est l'office propre de la prière qui se rapporte aussi à la vertu de religion. La prière, en effet, qui nous fait demander à notre Seigneur sa protection et sa faveur, de sa nature même, honore et glorifie Dieu, en reconnaissant qu'il est le père des miséricordes, le dispensateur universel de tous les dons et l'auteur de notre salut. Yoilà ce que contiennent les Psaumes de David qui sont pleins de l'esprit de Dieu. Chantez-les avec dévotion et vous accomplirez les devoirs de la vertu de religion, vertu excellente, inférieure sans doute aux vertus théologales qui se rapportent directement à Dieu, mais qui tient la première place parmi les vertus morales, puisqu'elle s'occupe de déterminer le culte et le respect que nous devons à Dieu.

Cependant les serviteurs de Dieu, qui aspirent de toutes leurs forces à la perfectionne se contentent pas de ces exercices saints ; après avoir choisi dans chaque journée quelques heures pour parler à Dieu dans la prière et lui rendre grâces de ses bienfaits, ils font encore de leur vie une prière continuelle. Ils prient à tous les instants et dans quelque lieu qu'ils se trouvent; quand ils s'éveillent, quand ils se lèvent, avant et après les repas, quand ils sortent de chez eux, quand ils traitent une affaire, si petite qu'elle soit; avant de parler, ils adressent à Dieu ces paroles du Prophète : « Mettez, Seigneur, une garde à ma bouche et une porte à mes lèvres, afin qu'elles ne s'ouvrent jamais pour le mal. » Ps. cxl, 3. S'ils sont tentés, s'ils sont affligés, si les prospérités

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