‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 369 sur 383 · LIVRE II, CHAPITRE II. o · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE II. o

de ces devoirs ni tous réunis ensemble ne peuvent se comparer à celui que nous avons à remplir envers Dieu. Aucun père ne l'est comme lui, pas de monarque aussi légitime et aussi bon, nul ami, nul bienfaiteur, nul maître qui lui soient comparables ; tous ces titres répandus sur un grand nombre de personnes, et dont le sens n'est qu'imparfaitement réalisé par elles, se réunissent en Dieu, et chacun au plus haut degré de perfection. De là vient que ce commandement est lui-même infiniment parfait et souverainement obligatoire ; plus le Seigneur est à notre égard père, roi, maître, bienfaiteur, ami, comparativement à tous ceux qui ont des droits sur nous à ces différents titres, plus l'obligation qui résulte pour nous de ce commandement est supérieure à celle qui résulte de tous les autres.

Aussi tous les autres doivent-ils être entendus et réglés d'après celui-là ; ils nous obligent d'autant plus ou d'autant moins, qu'ils contribuent plus ou moins à l'observation de ce premier précepte. Je m'explique : l'obligation d'obéir à nos chefs temporels ou spirituels n'existe qu'autant que leurs ordres ne sont pas un obstacle à l'accomplissement de ce précepte d'obéir à Dieu, de l'honorer et de le servir. C'est ce que déclara hautement le Prince des apôtres dans la réponse qu'il fit aux chefs de sa nation quand ils lui défendirent de prêcher la glorieuse résurrection de Jésus-Christ. Ils demandèrent à Pierre pourquoi lui et les siens n'avaient pas obéi à ce qui leur avait été dit; et Pierre leur répondit : « Parce que Dieu nous a commandé de prêcher, et qu'il importe d'obéir à Dieu beaucoup plus qu'aux hommes. » Act. v, 29.

Autre exemple : Sans doute il est ordonné d'honorer les parents; mais ce précepte n'oblige plus quand la volonté du père est contraire à la volonté de Dieu. Il est possible que Dieu appelle un jeune homme à l'état religieux, tandis que le père le voudra dans le monde. En ce cas, dit saint Jérôme dans un fameux passage de sa lettre à Héliodore, alors même que le père fondant en larmes se jetterait en travers de la porte, il faut marcher sur lui et passer outre, pour accomplir la volonté du Père éternel, chose que la religion et la véritable piété exigent plus que d'obéir au père charnel.

Ce qui fait encore ressortir l'élévation et la valeur de ce précepte, c'est qu'il n'y a pas d'exercice dans lequel on mérite autant, qui nous conduise d'une manière plus sûre et plus rapide à la perfection, comme de s'appliquer sans relâche à aimer Jésus- Christ notre Seigneur, à le louer, à le contempler, à remplir icibas l'office que nous devons éternellement remplir dans le ciel. Ainsi donc, le véritable chrétien doit rapporter ultérieurement à cette fin tous les actes de la vie présente; c'est de ce côté qu'il doit diriger toutes ses pensées, ce qu'il doit demander à Dieu dans toutes ses prières, voilà quelle doit être son occupation constante, si bien qu'il regarde comme perdu le temps pendant lequel il n'aura pas aimé Dieu et ne se sera pas occupé de lui dans ses sentiments ou ses paroles, ou bien en faisant une chose quelconque pour son amour.

Une seconde observation à faire, c'est que ce premier commandement de la loi est la réalisation pratique du premier article de la foi. Ce premier article nous dit ce que Dieu mérite de nous, et ce premier commandement nous prescrit l'œuvre par laquelle nous acquittons envers lui cette dette. L'un nous dit : Dieu est Père tout- puissant, Créateur du ciel et de la terre; et d'autres ajoutent : Si tu crois et confesses que tel soit le Seigneur, rends-lui les adorations, les honneurs et l'obéissance qu'il a droit d'exiger comme tel.

Développons un peu cette pensée : Vous confessez que ce souverain Seigneur est votre Dieu et en môme temps voire Père, non-seulement parce qu'il vous a créé, mais encore et surtout parce qu'il vous a dans le baptême adopté pour son enfant, par un plus grand effet de sa miséricorde et les mérites de Jésus- Christ ; non content de vous donner ce titre, il vous en a donné l'esprit et le cœur. De là résulte l'obligation de l'aimer comme un véritable père et d'autant plus qu'il l'emporte davantage sur les meilleurs des pères; vous devez donc l'aimer de tout votre cœur et de toutes vos forces, puisque ce sera toujours moins qu'un tel père le mérite. Si, pendant que vous confessez sa paternité, vous croyez aussi à sa toute-puissance, vous devez tellement mettre en lui tout votre espoir et toute votre confiance, que, dans les tri-

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