‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 370 sur 383 · LIVRE 11, CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE 11, CHAPITRE IL

bulations et les épreuves de la vie, plus vous verrez se fermer devant vous les portes des créatures, plus vous soyez persuadé que c'est par miséricorde et non par rigueur qu'il vous fait passer par de telles angoisses; qu'il veut vous mettre dans la nécessité de recourir à votre Père céleste, de demander à lui seul le remède que lui seul peut donner, de lever les yeux vers les montagnes d'où vous viendra le secours. » Ps. xu, i. Accourez à lui, cachez-vous sous les ailes de sa divine providence, fermement assuré que rien ne lui manque pour vous guérir et vous sauver, ni l'amour puisqu'il est Père, ni le pouvoir puisqu'il est Dieu. Telles étaient les dispositions de David quand il disait : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut, devant qui tremblerais-je? Le Seigneur est le protecteur de ma vie, qui pourrais-je craindre. » Ps. xxvi, 1, 2. Puisqu'il est mon Seigneur, il me dirigera et ne me laissera manquer de rien.

Si vous le reconnaissez pour Père, encore une fois accourez à lui. Quel est le fils qui, se voyant dans l'affliction et sachant que son père est aussi bon que puissant, ne se hâte de recourir à lui quand il le peut sans peine ; le chrétien qui n'accourt donc pas vers Dieu dans toutes les difficultés de la vie, et qui ne met pas en lui sa confiance, nie par les actions ce qu'il confesse par la parole. Un bon ami se tient pour offensé quand il voit son ami recourir à d'autres moins dévoués et moins puissants que lui, pour en obtenir un secours nécessaire; à combien plus forte raison Dieu ne sera-t-il pas offensé de votre conduite, lui qui vous ordonne de le croire et de le proclamer votre Seigneur, votre Ami, votre Père tout-puissant, s'il voit que, dans le temps de l'épreuve, au lieu de l'invoquer et de mettre en lui votre confiance, vous allez frapper à la porte des créatures incapables de se suffire à elles-mêmes, et beaucoup plus de vous secourir?

Mais si vous le reconnaissez et le confessez réellement pour votre Père, acceptez avec patience et résignation les coups qui vous viennent de sa main paternelle, et baisez avec amour la blessure qu'il vous a faite ; « car, comme le dit l'Apôtre, quel est le fils que son père ne châtie pas? » Hebr. xu, 7. Tenez pour certain que tout ce qui vous arrive d'heureux ou de malheureux

est un acte de la main de ce tendre Père ; que vous devez dès lors vous abandonner aux dispositions de sa providence et de sa volonté, sachant d'une manière indubitable qu'il a compté jusqu'aux cheveux de votre tête? S'il est le créateur de tous les êtres, c'est à lui que doivent s'adresser vos louanges et vos actions de grâces pour tout ce qu'il a fait, puisque tout lui appartient et qu'il vous a tout donné gratuitement et par bonté pure ; il ne faudrait pas qu'il s'écoulât un jour ni même une heure sans que votre cœur lui témoignât sa reconnaissance pour tous les bienfaits dont il vous a comblés, pour la création même de cet univers mis entièrement à votre service.

J'insiste sur cette pensée : Si vous le reconnaissez pour votre père, il n'est rien que vous deviez désirer avec autant d'ardeur et procurer avec autant de soin comme son honneur et sa gloire ; rien ne doit non plus vous causer autant de peines que les outrages et les offenses dont il est l'objet. C'est là le plus sûr témoignage de votre piété filiale; il faut que ce zèle et cette douleur consument à tel point vos entrailles que vous puissiez dire avec le prophète David : « J'ai vu les prévaricateurs, et mon âme tombait en défaillance, » et je frémissais en voyant avec quel déplorable facilité ils consentaient à violer votre loi, à vous offenser, à vous perdre et à se perdre.

Si vous le reconnaissez pour votre Père et pour un père si riche et si puissant, quel est le fils qui pourra se glorifier d'une aussi haute noblesse, d'une origine aussi distinguée? Descendre d'une race antique, porter un nom fameux, avoir pour héritage la gloire et la richesse, qu'est-ce que tout cela comparé à l'honneur de pouvoir appeler Dieu son Père? S'il est certain qu'il n'est pas un être qui l'égale en dignité comme en puissance, il ne l'est pas moins que nul ne peut non plus lui être assimilé sous le rapport de la bienveillance, de la sollicitude et de la tendresse, paternelles.

Une autre conséquence à tirer, c'est que dès lors qu'il est Père et Père tout-puissant, étant par là même le souverain Maître de l'univers, s'il a droit à notre amour comme Père, il doit aussi nous inspirer une respectueuse crainte comme Seigneur. C'est la

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