‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 38 sur 383 · CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, SECTION II, CHAPITRE V

les enivrent ou si le malheur fond sur eux, ils n'ont pas d'autres armes ni d'autre refuge que la prière.

Les grands événements de la vie humaine sont pour eux autant de motifs qui les engagent à recourir à la prière. Entendent-ils parler par exemple des désastres de cette vie, des infirmités, de la mort et des péchés du monde dont Dieu les a délivrés, ils en prennent occasion de rendre grâces au Ciel pour cette protection puissante, car ils savent que tous les hommes sont sujets aux mêmes misères, aux mêmes désastres et aux mêmes péchés, si la main de Dieu ne les soutient et ne les garde. Quand le soleil se lève et réjouit le monde de ses premiers rayons, quand au ciel brillent étincelantes des milliers d'étoiles pendant une belle nuit, quand les fleurs des champs, la verdure des arbres, les chants des oiseaux, la fraîcheur des vallées, le murmure continuel des ruisseaux et des fontaines, l'éclat des pierres précieuses, la fécondité des oiseaux dans les airs, des poissons au sein des eaux, des animaux sur la terre viennent frapper leur esprit, l'admiration les gagne, et chacune de ces merveilles leur arrache une louange à la gloire de Celui qui les a faites; elles sont toutes comme un miroir éclatant et fidèle, à travers lequel ils découvrent par ses effets la beauté, la sagesse et la providence de la première cause qui est Dieu. C'est ainsi que saint Antoine a pu dire que cet univers est un grand livre où sont écrites les perfections et les grandeurs de Dieu, de sorte qu'il suffit d'un peu de réflexion en lisant dans ce magnifique ouvrage pour voir en toutes choses Dieu leur auteur.

Excellence et pureté des vertus que la religion chrétienne propose à l'homme pour lui faire atteindre sa foi.

Cependant ceux qui veulent arriver à la perfection ne s'arrêtent pas là, et à ces exercices dont nous avons parlé et qui se rapportent à la vertu de religion, ils ajoutent ceux de la charité à laquelle il appartient de rapporter nos œuvres, nos paroles, nos pensées, nos propos et nos désirs, toutes les actions de notre vie enfin, à la plus grande gloire de Dieu. Mais ce ne sont pas seulement les œuvres saintes qu'ils rapportent à Dieu; ils sanctifient

par cette intention pure les actions les plus communes de leur vie, selon ce conseil de l'Apôtre : « Soit que vous mangiez ou que vous buviez, et quelque chose que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu. » I Cor. x, 31.

La charité et la religion se fortifient par leur union et produisent une sorte de sacrifice très-salutaire à nos âmes et trèsagréable à Dieu. Sans doute ces deux vertus honorent Dieu par des œuvres qui leur sont propres, mais elles encouragent encore l'exercice de toutes les autres vertus et les font concourir au même but ; la patience, l'obéissance, la mortification, l'abstinence, la prière, la souffrance, la miséricorde, et toutes les vertus sont sanctifiées parce qu'elles servent toutes à l'honneur et à la gloire de Dieu. Ces pratiques saintes et l'exercice habituel de ces vertus excitent en nous une vie spirituelle et divine qui rapporte à Dieu toutes nos actions et ne nous fait agir que pour lui. C'est cette vie divine qui nous permet d'accomplir parfaitement les trois parties de la justice en lesquelles se résume la perfection de la vie chrétienne et qui consiste à remplir tous nos devoirs envers Dieu, envers nous-mêmes et envers le prochain. De ces trois parties de la justice, la première, qui regarde Dieu, est d'autant supérieure aux deux autres que Dieu est plus au-dessus de tout ce qui n'est pas lui; bien plus, les deux autres parties, qui se rapportent aux créatures, n'ont de prix qu'en tant qu'elles se rapportent à la première, c'est-à-dire qu'elles ont Dieu pour terme et pour objet.

De cette manière la doctrine chrétienne apprend aux amis de la perfection à se tenir toujours unis à Dieu, ce qui constitue la plus haute félicité dont nous puissions jouir ici-bas, puisque, selon la parole de l'Apôtre , « celui qui demeure attaché au Seigneur est un même esprit avec lui. » I Cor. vi, 17. La doctrine chrétienne nous enseigne et nous prêche cet exercice si utile de l'union avec Dieu. Elle ne veut pas seulement que nous nous fassions de Dieu et de ses perfections une idée élevée et conforme à ce que nous enseigne la foi; mais, poussant plus loin ses préceptes, elle nous recommande de célébrer et de chanter jour et nuit ses louanges. Cet exercice saint esl très-agréable à

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