‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 373 sur 383 · LIVRE II, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE II

les emplois et les dignités, les folles amours ou les affections excessives, et les plaisirs sensuels. Les uns sont captivés par une de ces choses, les autres par toutes à la fois, pour ainsi dire; ils en sont enivrés et absorbés, ils en sont les esclaves et les adorateurs; une fois lancés dans cette voie, ils s'y précipitent en aveugles, comme s'ils devaient y trouver leur satisfaction et leur bonheur, alors néanmoins qu'il n'appartient qu'à Dieu de satisfaire pleinement notre âme. Que ne nous est-il donné d'obtenir de ces malheureux chrétiens qu'ils voulussent bien considérer avec attention les paroles de ce premier commandement ! Ils ne tarderaient pas à voir qu'ils sont de vrais idolâtres; ce qu'ils voient si peu maintenant qu'ils regarderaient comme la plus grave injure de s'entendre donner ce nom, quand bien même ce serait par des hommes qui ne parleraient ainsi que dans l'unique intérêt du bien.

Qu'on se souvienne, en effet, des expressions de l'Ecriture : Il nous est ordonné d'aimer Dieu par-dessus toutes choses; mais cela seul prouve cette idolâtrie spirituelle que nous signalons ici. Celui-là aime Dieu par-dessus tout, qui renonce à tout plutôt que de s'exposer à perdre Dieu, qu'il s'agisse d'une seule passion, ou de toutes ensemble : c'est justement le contraire que font tous ceux à qui nous avons donné le nom d'idolâtres.

Quoique cela soit si vrai, nous ne pourrions pas demander à l'un d'eux s'il aime vraiment Dieu par-dessus toutes choses, sans qu'il nous répondit avec une entière assurance qu'il l'aime réellement ainsi ; mais il ne se comprend pas lui-même : séduits par leur propre imagination, ces hommes-là se persuadent qu'il suffit de reconnaître la grandeur, la beauté, la justice, la puissance et la bonté suprême de Dieu, de tenir cette première vérité pour indubitable, de regarder toute parole opposée comme un horrible blasphème, pour avoir envers Dieu ce souverain amour ; et ils ne considèrent pas, les malheureux ! qu'avec cette connaissance et cette conviction, ils ne donnent et ne sacrifient rien, ou que, s'ils donnent quelque chose, c'est par imagination, et non par le cœur. Pour aimer Dieu d'un amour sincère, pour manifester par les œuvres, ce qu'on croit dans sa pensée, ce qu'on exprime par

sa parole, il faut qu'il y ait dans le cœur un profond sentiment d'estime et d'affection pour Dieu, si bien qu'on juge comme la chose la plus indigne, la plus hideuse qui puisse exister, d'abandonner Dieu pour une créature quelconque, pour le monde entier, pour mille mondes. Il faut que ces excellences et ces attributs qu'ils reconnaissent en Dieu ne soient pas dans leur esprit comme une peinture, une chose inanimée, mais qu'ils en sentent la présence et la vie, la puissance et la domination, de telle sorte que leur cœur soit entraîné; ils ne doivent pas ignorer non plus que tout ce qui n'est pas Dieu peut bien occuper le cœur et l'envahir, mais non le contenter et le satisfaire; tout vient à disparaître dans notre cœur comme à nos yeux.

Ce commandement est transgressé d'une manière bien grave par tous ceux qui s'adonnent à la magie, qui n'est pas autre chose que le culte des démons. Au même désordre participent ceux qui pratiquent l'art divinatoire , qui cherchent à savoir l'avenir par des moyens occultes ou qui prétendent évoquer les âmes des morts; ceux qui vont consulter ces sortes de devins dans leurs nécessités ou leurs caprices, sont également coupables. Toutes ces pratiques ont été défendues par le Seigneur aux enfants de son peuple, quand il leur dit : « Ne vous livrez pas aux augures, ne faites aucun cas des songes. L'homme qui consultera les enchanteurs ouïes devins et qui fera pacte avec eux, sera mis à mort pour ce crime. » Levit. xx, G.

On pourrait se demander à cette occasion si ces sortes de personnes, ces hommes pervers, ces femmes devineresses ou sorcières peuvent nous causer aucun mal, et si nous n'avons pas dès lors raison de les craindre. On répond à cela, d'abord, que ni ces ministres de Satan ni toutes les légions infernales ne peuvent, sans une permission de Dieu, faire tomber un seul cheveu de notre tète ; en second lieu, que Dieu leur donne quelquefois ce pouvoir dans les secrètes dispositions de sa justice, mais sans qu'il leur soit possible de dépasser d'un point la limite qui leur a été posée; c'est ce qui nous explique certaines calamités épouvantables, comme celles qui sont rapportées dans le livre de Job. Il ne s'ensuit pas néanmoins que nous devions les craindre;

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