‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 374 sur 383 · LIVRE 11, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE 11, CHAPITRE II

nous ne devons craindre que Dieu, sans la permission duquel rien ne leur est possible. S'il arrive donc que nous ayons quelque chose à souffrir de leurs maléfices, recevons cela comme un châtiment de Dieu, et disons avec le saint homme Job : « Le Seigneur m'avait donné ce bien, le Seigneur me l'a retiré; ce qui s'est fait, c'est lui qui l'a voulu ; qu'il soit loué en toutes choses, et que son nom soit béni. » C'est la main de Dieu qu'il faut adorer dans tout ce qui nous arrive.

Contre ce commandement pèchent encore les astrologues, qui se dirigent et se gouvernent en tout d'après le cours des étoiles, attribuant à l'influence du ciel tous les événements de la vie, heureux ou malheureux. C'est à ces hommes que le Seigneur dit : « C'est moi qui ai fait la lumière et créé les ténèbres; j'envoie la paix et les châtiments; je suis le Seigneur qui fait toutes choses. » Isa. xlv, 7. Oui, le Seigneur inflige le mal de la peine pour punir le mal de la faute, dont l'homme seul est l'auteur. En disant cela, je n'entends pas condamner la doctrine de saint Basile. En toute circonstance il est bon, dit ce père, d'observer les avertissements que Dieu nous donne au moyen des planètes. Cela regarde les changements des saisons, le bon ou le mauvais temps, qu'on peut quelquefois prévoir à certains signes ; il n'est donc pas défendu de consulter les répertoires de la science, et la prudence veut même que les laboureurs et les marins en particulier s'appliquent à l'étude du temps. Jamais un homme sage n'a condamné de telles précautions. Le Seigneur lui-même a dit au commencement : « Qu'il y ait des étoiles et qu'elles brillent au firmament, pour la distinction des jours et des nuits, pour être un signe des temps et des années. » Mais abuser de l'observation des astres dans le but de connaître d'avance les accidents de notre vie ou de la vie des autres, en ce qui dépend de notre libre arbitre, et nullement des influences des étoiles, c'est de la déraison, on pourrait même dire de l'idolâtrie.

Ils pèchent aussi contre ce précepte ceux qui se servent des choses saintes, comme du pain, de l'eau, du sel bénits, de la cire du cierge pascal, des cierges de l'office des ténèbres, pour des pratiques superstitieuses; car l'Eglise ne bénit ces objets que

pour nous faire entendre que rien ne peut nous être avantageux sans la bénédiction divine, sans avoir une destination qui tourne au service et à la gloire du Seigneur ; nous ne devons pas nous proposer autre chose. Tout ce que les créatures nommées plus haut peuvent produire de bon et de salutaire, en dehors de leurs propriétés naturelles, tout doit être rapporté à la grâce et à la libéralité divines. Je neveux pas dire assurément que leurs vertus et leurs propriétés n'aient aussi la même source; j'entends seulement affirmer qu'elles n'ont pas été bénites pour servir à des usages superstitieux, puisqu'elles sont plutôt consacrées par là à l'honneur de Dieu. Lors donc que nous allumons des cierges bénits pendant l'orage ou que nous employons de semblables objets contre un mal quelconque, notre espérance ne doit pas avoir d'autre motif que les paroles même de l'Eglise dans de telles bénédictions, et la puissance du Seigneur invoqué par ses paroles.

C'est encore un péché contre ce commandement de recourir à des mots ou bien à des caractères inconnus pour conjurer les maladies, les insectes, les bêtes féroces, les inondations, les incendies ou les tempêtes. Bien que tout cela se trouve compris dans ce que nous avons dit des sortilèges, j'ai cru devoir en faire une mention spéciale, à cause de la spéciale folie qui se trouve en cela; il importe de détruire l'illusion de ces hommes qui s'imaginent qu'en employant certains nombres sacrés ou certaines figures mystérieuses, non-seulement ils ne rendent pas hommage au diable et ne pratiquent aucune espèce d'idolâtrie, mais qu'ils font acte de chrétiens, de catholiques, de pieux fidèles. Leurs précautions superstitieuses ne les exemptent pas de péché ; ils sont même d'autant plus coupables qu'ils font un mélange repoussant des choses saintes et des choses profanes ou même sacrilèges.

Enfin, ce commandement est violé par ceux qui mettent principalement l'espoir de leur salut dans leurs œuvres et leurs mérites, dans leur justice et leur industrie ; et même par ceux qui n'attendent les prospérités temporelles que de cette même industrie, de leur science, de leur habileté, de leurs attitudes acquises ou naturelles, du crédit humain, de l'appui des riches, de l'amitié des grands. Dieu ne veut pas que nous mettions en un autre

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