‹ Œuvres complètes de Louis de Grenade (volume 4)Chapitre 376 sur 383 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Du second commandement de la loi divine.

Voici dans quels termes ce commandement est conçu : « Tu ne prendras pas en vain le saint nom de Dieu. » Ce second commandement dérive immédiatement du premier : dans celui-ci Dieu demande notre cœur tout entier; il demande dans celui-là que nos paroles manifestent l'état réel de notre cœur. L'homme dont le cœur est plein d'un amour sincère, a grand soin de ne pas offenser par la langue l'objet aimé ; bien plus, il ne peut pas se lasser d'en parler ; il ne croit jamais pouvoir dire tout ce qu'il en sait. Et toutefois, ce précepte nous a été donné pour mieux nous éclairer sur nos devoirs et parce que la divine clémence veut condescendre à la faiblesse de nos idées.

La formule est ici négative ; mais nous apercevons aussitôt le précepte affirmatif renfermé dans cette négation, selon les principes exposés dans le premier chapitre. Il nous est ordonné là de vénérer le saint nom de Dieu, de le louer, de le glorifier, de l'exalter, de l'invoquer, de le prêcher et de le faire connaître à ceux qui ne le comprennent pas ou qui le comprennent mal. Par le nom de Dieu, objet de ce précepte, il faut entendre la Majesté divine elle-même, à laquelle doivent se rapporter nos hommages et nos respects.

Prendre ce nom en vain, c'est l'employer pour des choses mauvaises ou simplement inutiles, alors qu'il ne doit être employé que pour notre bien spirituel ou même corporel, pourvu que celui-ci ait pour but la gloire de Dieu. On prend le nom de Dieu en vain quand on s'en sert pour confirmer un mensonge, pour faire réussir d'injustes prétentions ou des intérêts méprisables. C'est là une grave insulte à la divine Majesté. Yoici pourquoi : Le Seigneur étant la vérité, la sagesse, la bonté suprême, la source de tous nos biens, celui de qui nous devons attendre et les inappréciables trésors de la vie future et les faibles ressources de la vie présente, en tant qu'elles nous sont utiles pour l'éternité, cette souveraine Majesté, représentée par le nom même de Dieu,

ne doit intervenir que dans des choses semblables ; nous ne devons user de ce nom que pour lui rendre grâces, lui demander secours et nous recommander à sa miséricorde, pour faire briller sa lumière aux yeux de notre prochain, pour confirmer une importante vérité, pour défendre l'innocence, en un mot, à l'instigation de la charité ; il faut de plus qu'à la manière dont nous le prononçons, on comprenne de quel respect nous l'entourons dans notre cœur.

Nous voyons clairement par Là quelles sont les œuvres que ce commandement ordonne en tant qu'il est affirmatif, et celles qu'il prohibe en tant qu'il est négatif. Parmi les premières se présentent d'abord l'invocation du nom de Dieu, pour laquelle il est nécessaire d'avoir la foi en son Fils unique, Jésus-Christ, notre Rédempteur. Telle est notre indignité, notre conscience nous condamne d'une manière si forte, que nous n'oserions espérer aucun bien sans les mérites et la dignité de notre Médiateur. Combien donc ce nom divin ne doit- il pas être respecté et invoqué? Après l'invocation vient l'action de grâces : c'est ici comme une profession extérieure du sentiment intérieur que le premier commandement nous impose. En effet, de même que par ce premier commandement nous sommes instruits à honorer Dieu comme le créateur de l'univers et l'auteur de tous les biens, à qui sont dues une obéissance et une reconnaissance sans bornes ; de même il nous est ordonné par le second de manifester ces sentiments devant les hommes et de nous glorifier d'avoir un tel Seigneur, afin d'exciter les autres à le servir. Il faut encore louer Dieu dans toutes ses œuvres, qu'elles nous soient favorables ou contraires, et reconnaître que les unes viennent de sa miséricorde et de sa libéralité, et les autres de sa justice, que nous avons encourue pour nos péchés. « Je bénirai constamment le Seigneur, dit le Prophète royal, et ses louanges seront toujours dans ma bouche.» Ps. xxxiii, i. Les prières publiques et les offices divins rentrent dans ce commandement, comme aussi le zèle à réprimer les jugements et les blasphèmes, si préjudiciables à l'honneur des chrétiens.

Les œuvres défendues par ce commandement sont évidemment

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