LIVRE II, CHAPITRE III
les œuvres contraires à celles que nous venons d'indiquer : Ne pas recourir à Dieu dans les peines, ne pas le remercier de ses bienfaits ou même de ses châtiments, ne rien faire pour la gloire de son nom, mêler ce nom divin à des opérations magiques, à de coupables manœuvres, au nom même des démons. Invoquer le nom de Dieu pour obtenir une vengeance ou toute autre chose illicite, employer les paroles des Livres saints pour plaisanter et rire, ou bien, ce qui serait plus grave, pour les faire servir au mal, pour les tourner en dérision et pour en ébranler la foi; c'est encore là violer ce commandement ; on y porte atteinte quand on entend prononcer le nom de Jésus-Christ ou celui de sa sainte Mère sans donner aucun signe de respect, alors que ces noms sacrés doivent être vénérés au ciel, sur la terre et dans le purgatoire. Mais la violation la plus directe et par là même la plus grave de ce commandement, c'est de jurer en vain le nom de Dieu; comme il attaque Dieu de front, ce péché l'emporte par lui-même en gravité sur ceux qui se commettent contre le prochain, quelque graves qu'ils soient. Cela est vrai, non-seulement quand on jure par le nom même de Dieu, mais encore quand on jure par la croix, par l'Evangile, par la lumière du jour, par les saints, par sa propre vie. Chacun de ces jurements est un péché mortel lorsqu'il est fait pour le mensonge; c'est une grave insulte à sa divine Majesté. Sans doute si l'on agissait ainsi par inadvertance, le péché ne serait pas mortel faute de délibération et de plein consentement ; mais cela n'excuse pas ceux qui jurent par habitude, sans remords et sans désir de se corriger, comme on le voit bien, puisqu'ils ne font aucun effort dans ce but. Oui, ces hommes-là sont coupables de péché mortel quand ils jurent pour le mensonge ; car, en admettant qu'ils suivent cette habitude sans y penser, ce qui n'est que trop évident par leur conduite, il n'en est pas moins vrai qu'en la contractant, ils ont voulu ce qui devait en être la conséquence nécessaire; voilà pourquoi ces péchés sont appelés volontaires; et puis, « quiconque aime le péril y périra. » Il suit de là que le chrétien est dans l'obligation de faire tous ses efforts pour se corriger de cette funeste habitude.
Elle a été condamnée dans les termes les plus formels par le divin Maître et par l'Apôtre. Le Seigneur dit : « Ne vous portez à jurer en aucune manière. » Mallh. v, 34. C'est comme s'il disait : Ne jurez jamais spontanément et par goût., que ce soit uniquement par charité ; et quand cette vertu ne vous y forcera pas, contentez-vous de répéter votre affirmation ou votre négation, de la manière suivante : Ce que je dis est certain, il n'y a pas de doute. Non, cela n'est pas. Bornez-vous là dans l'usage ordinaire de la vie ; n'ajoutez rien, qu'on veuille vous croire ou non. L'apôtre saint Jacques dit aussi : « Mes frères, ne consentez pas à jurer. » Jacq.y, 12. Il répète les enseignements et jusqu'aux expressions mêmes du Maître. Pour montrer l'étendue de cette défense, il ajoute : « Ne jurez ni par le ciel ni par la terre ; que votre manière de parler soit : Oui, oui. Non, non, pour que vous ne tombiez pas sous le coup du jugement, » c'est-à-dire pour que la mauvaise habitude ne vous entraîne pas à jurer contre la vérité, et que vous ne soyez ainsi châtiés avec les transgressions du précepte divin.
Voulez-vous avoir en horreur ce péché? il importe d'en connaître la gravité. Ce qui frappe avant tout, c'est que ce péché viole le second précepte de la première table; et la dignité du précepte donne toujours la mesure de la transgression.
Les théologiens distinguent trois degrés dans les péchés : Au premier rang ils placent ceux par lesquels sont transgressés les préceptes qui se rapportent directement à l'honneur de Dieu ; ainsi, par exemple, l'idolâtrie, le désespoir, la haine dont Dieu lui-même serait l'objet. Puis viennent ceux qui se commettent contre la très-sainte humanité du Christ ou contre ses sacrements, tels que les sacrilèges et la profanation des choses saintes. Au dernier raug sont les péchés contre les préceptes qui ont pour objet le bien et l'avantage du prochain, l'union et la paix des hommes entre eux; ce qui comprend les sept commandements de la seconde table. D'après cette division, il est évident que le jurement fait pour le mensonge est de sa nature, comme l'enseignent les théologiens, plus grave que l'homicide même ; car ce dernier crime attaque directement la créature, tandis que le