LIVRE II, CHAPITRE III
premier est une insulte immédiate au Créateur. Jurer à faux, c'est faire de Dieu le garant du mensonge et de la fausseté, c'est outrager sa véracité suprême et le rendre en quelque sorte complice des tromperies de l'homme. Aussi le serviteur de Dieu doit-il faire tous ses efforts et déployer la plus grande sollicitude pour éloigner non-seulement de soi, mais encore de sa famille cette pernicieuse habitude, au souvenir de cette sentence du Sage : « L'homme qui a coutume de jurer sera plein de souillures, et le châtiment ne sortira pas de sa maison. » Eccli. xxm, 12.
Au-dessus de tous les péchés qu'on peut commettre contre ce commandement, est le blasphème. C'est ici le grand mur de séparation, selon le langage consacré ; on range ce péché parmi les plus horribles, qui sont l'idolâtrie, le désespoir et la haine de Dieu. Si l'apôtre saint Jean ne craint pas d'appeler homicide quiconque a de la haine contre son frère, I Joan. ni, 15, nous pouvons bien appeler déicide celui qui a de la haine contre Dieu. Or, à ce dernier ressemble beaucoup le blasphémateur, dont la langue attaque Dieu lui-même avec une aveugle fureur; car, dans l'accès de sa rage, il détruirait Dieu s'il le pouvait. C'est ce qui faisait dire à saint Augustin : « Ceux qui blasphèment aujourd'hui contre le Christ régnant désormais dans le ciel, ne pèchent pas moins en eux-mêmes que ceux qui le crucifièrent quand il était sur la terre. » Dieu châtie ce péché d'une manière terrible. Le roi Sennachérib blasphéma contre Dieu lorsqu'à la tête d'une puissante armée il assiégeait la ville sainte; et le Seigneur envoya son ange, qui dans une nuit extermina cent quatre-vingt mille hommes de cette même armée. IV Reg. xix. Peu de jours après, ce monarque impie fut tué par ses propres enfants, qui se chargèrent de venger par un crime celui que le père avait commis contre Dieu.
Les femmes commettent peu ce péché, sans doute; mais il en est un autre qui leur est familier et qui ressemble assez au blasphème : c'est de récriminer contre Dieu dans leurs chagrins, de se plaindre de sa providence et d'accuser sa justice ; on les entend maudire une vie, si pleine de douleurs, les auteurs de leur vie,
le jour de leur naissance, appeler la mort avec des transports de colère, dans une frénétique impatience, se maudire parfois ellesmêmes et se donner au démon. Ce sont là tout autant de blasphèmes, ce langage appartient à l'enfer, et les personnes qui l'emploient semblent s'y dévouer d'avance.
Celui donc qui ne veut pas aller habiter ce séjour, doit éviter un pareil langage et s'humilier sous la main de la divine Providence, en recevant avec résignation les peines que Dieu lui inflige pour son bien , comme le plus tendre des pères. Sans comprendre sa conduite envers nous, nous ne devons pas penser autrement de la divine Sagesse, de la bonté suprême: soyons bien persuadés qu'il n'est pas plus possible à Dieu de faire un mal véritable que de cesser d'être Dieu. Il n'est pas de médecin savant et dévoué qui, devant donner ses soins aux êtres les plus chers à son cœur, tels qu'un fils unique, ou bien une épouse tendrement aimée, leur mesure les remèdes, avec autant de sollicitude et de précision, que Dieu nous mesure les labeurs et les peines qu'il nous envoie comme des remèdes salutaires.
S'il vous semble néanmoins que ces labeurs sont au-dessus de vos forces, souvenez-vous que l'Apôtre déclare formellement le contraire, sur ce principe, que Dieu est fidèle dans ses promesses. I Cor. x, 13. Considérez aussi qu'avec vos impatiences vous ne rejetez pas le fardeau qui vous est imposé, que vous le rendez même plus lourd ; qu'en perdant le mérite de la patience, vous commettez encore un grave péché.
Mais voulez- vous transformer les grandes peines en petites, comparez-les, suivant le conseil de saint Bernard, à l'une des quatre choses suivantes, ou bien à toutes réunies : d'abord, avec les bienfaits que vous a prodigués la main de Dieu ; ensuite, avec les péchés si graves et si nombreux que vous avez commis contre la majesté divine; puis encore, avec les peines de l'enfer, que vous avez tant de fois méritées ; enfin, avec la gloire du paradis, qu'on obtient par les peines de la vie présente. En face de ces quatre objets, elles disparaîtront à vos yeux et se réduiront à rien. Que sont vos souffrances en comparaison des bienfaits divins? C'est par une telle comparaison que Job se fortifiait. Il