CINQUIÈME PARTIE, PREMIERE SECTION, CHAPITRE I
muniquer le mouvement, ne la tient-il que de lui ou lui est-elle donnée par un être distinct de lui ? Vous dites qu'il tient de lui seul son être et sa puissance? Mais alors ce moteur est Dieu luimême, puisque Dieu seul, en tant qu'il est supérieur à tout ce qui existe, ne dépend dans son être et sa puissance de personne que de lui. Vous voulez au contraire qu'il y ait au-dessus de lui un être plus excellent duquel il tire son être et la puissance qu'il a de communiquer le mouvement; dans ce cas, je vous ferai sur cet être supérieur les mêmes demandes, et ainsi de suite, jusqu'à ce que vous admettiez une série infinie de moteurs, chose impossible 1 ou que vous vous arrêtiez à un premier moteur duquel tous les autres tirent leur mouvement , à une première cause à la vertu de laquelle toutes les causes participent; Jc'est ce dernier moteur et cette cause suprême que nous appelons Dieu. Voilà comment les philosophes démontrent l'existence d'un premier moteur et d'une première cause qui ont par eux-mêmes le mouvement et l'être, sans les tenir de qui que ce soit. Ceux qui saisissent la force de cette démonstration, ne font par du premier article du symbole un pur objet de foi, ainsi que je l'ai déjà observé, à cause de son évidence ; c'est pourquoi nous ne l'appellerons pas pour eux un article de foi, mais seulement une disposition à la foi et le préambule de cette vertu.
Seconde preuve : L'instinct des animaux.
A cette première preuve on peut en ajouter une seconde plus frappante peut-être pour l'intelligence du vulgaire et plus propre à le convaincre, je veux parler des aptitudes merveilleuses dont tous les animaux sont doués pour leur conservation, c'est-à-dire pour se procurer leur nourriture, pour se guérir dans les maladies, pour se défendre dans les périls, enfin pour se perpétuer. Ils travaillent avec une constance ininterrompue à tout ce qui peut les conduire à ces fins, et cela avec une perfection telle qu'on les dirait aidés et conduits par la raison. Que s'ensuit-il de là? Sans doute il faut conclure qu'il existe dans le monde une raison
et une sagesse souveraine qui a donné à tous les animaux des inclinations naturelles qui les portent à faire ce que réclame leur conservation avec autant de sûreté que s'ils étaient doués d'intelligence. Nous avons appuyé dans notre Introduction ces principes par des exemples incontestables et nombreux ; ici nous n'en citerons que quelques-uns, encore même avec toute là brièveté possible.
Pour se convaincre des aptitudes que les animaux ont pour se conserver, qu'on s'arrête un instant au magnifique exemple que nous donne la fourmi ; plus cet animal est petit et méprisé, plus brille en lui la grandeur de la providence du Créateur. Voyez avec quelle soigneuse persévérance la fourmi s'approvisionne en été contre les rigueurs de l'hiver, comme elle garde dans le grenier qu'elle s'est fait le grain qu'elle a recueilli, comme elle le sèche au soleil pour le préserver de la pourriture, comme elle l'enferme soigneusement quand il est sec, et, chose plus étonnante, comme elle .sait, malgré l'humidité de la terre, l'empêcher de germer et de se transformer J Quelle merveilleuse habileté dans un si petit animal et comment l'expliquer, si on n'admet pas qu'elle lui a été communiquée par Le Maître universel et la Providence de tout ce qui existe?
Mais que ne pourrait-on pas dire de la manière dont les abeilles font le miel qui les soutient et les alimente? Comment décrire l'art merveilleux que déploient les araignées en tissant les toiles où viennent se prendre les mouches qui leur servent de nourriture? Disons seulement que tous les animaux qui se nourrissent d'herbe savent distinguer en naissant les plantes qui leur seraient nuisibles et se gardent d'y toucher.
Les animaux sont encore pourvus de tontes sortes de ressources pour échapper aux périls qui les menacent. Ils y échappent tantôt par la force, tantôt par l'agilité, tantôt par la crainte qui les rend sans cesse vigilants et attentifs sur leur propre sort; tous les animaux en effet, dès leur naissance, ont une horreur naturelle de la mort. Pour leur permettre de s'y soustraire, le Créateur leur a donné la connaissance naturelle de leurs amis et de leurs ennemis. Les petits poussins craignent le chat et n'ont